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Quand Gourou nous emmène dans les coulisses glaçantes de l’ère du coaching
Dark Light

Quand Gourou nous emmène dans les coulisses glaçantes de l’ère du coaching

On ne va pas se mentir : quand on a appris que Pierre Niney revenait sur grand écran après le triomphe du Comte de Monte-Cristo pour incarner un coach en développement personnel aux dérives sectaires, la curiosité était à son maximum.

Et pour cause. Dans une époque où l’on scrolle entre deux vidéos de « coachs mindset » sur Instagram et trois promesses de vie transformée sur YouTube, le sujet de Gourou résonne avec une pertinence presque dérangeante.

Yann Gozlan, qui retrouve Pierre Niney pour leur troisième collaboration après Un homme idéal et Boîte noire, s’empare d’un sujet que le cinéma français n’avait encore jamais vraiment osé aborder de front : l’industrie du coaching et de l’influence. Le personnage de Mathieu Vasseur, alias « Coach Matt« , est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Ses séminaires électrisent les foules, sa parole est devenue parole d’évangile pour des milliers de personnes en quête de sens. Mais derrière le sourire éclatant et les formules percutantes, l’envers du décor est bien plus sombre.

Le scénario, co-écrit avec Jean-Baptiste Delafon (à qui l’on doit D’argent et de sang ou Baron Noir), tisse habilement une toile entre thriller psychologique et satire sociale. Le film nous pousse dans nos retranchements : et nous, qu’est-ce qu’on gobe vraiment quand on suit aveuglément un créateur de contenu, un influenceur ou un prédicateur 2.0 ? La question est posée, et elle fait mal.

© WY PRODUCTIONS – NINETY FILMS – STUDIOCANAL – M6 FILMS – Photographe Jérome Prébois

Pierre Niney, tout simplement immense

Soyons clairs : Pierre Niney livre ici une performance magistrale. Il y a quelque chose de fascinant à le regarder habiter ce personnage de gourou charismatique, capable de galvaniser une salle entière puis de se transformer en manipulateur froid dans l’intimité. Chaque regard, chaque inflexion de voix, chaque mouvement de corps est calibré avec une précision chirurgicale.

Après son César du meilleur acteur pour Yves Saint Laurent, après le phénomène Monte-Cristo et ses 9,3 millions d’entrées, Niney s’installe définitivement comme une figure majeure du cinéma français contemporain. À l’image d’un Jean Gabin, d’un Alain Delon ou d’un Patrick Dewaere en leur temps, il possède cette capacité rare à porter un film entier sur ses épaules tout en se réinventant à chaque rôle. D’ailleurs, c’est lui-même qui a contacté Gozlan pour développer le projet, citant parmi ses inspirations Tom Cruise dans Magnolia et Jake Gyllenhaal dans Night Call. On comprend la filiation.

À ses côtés, le casting brille également. Anthony Bajon, dans le rôle de Julien, cet adepte fragile et obsessionnel, apporte une dimension humaine bouleversante au récit. Marion Barbeau, Christophe Montenez et l’Américain Holt McCallany (que les fans de Mindhunter reconnaîtront) complètent un ensemble solide et cohérent.

© WY PRODUCTIONS – NINETY FILMS – STUDIOCANAL – M6 FILMS – Photographe Jérome Prébois

Un thriller qui pose les bonnes questions

Ce qui rend Gourou particulièrement intéressant, c’est sa capacité à dépasser le simple thriller pour devenir un véritable miroir sociétal. Le film nous force à réfléchir sur les relations parasociales que l’on entretient avec des personnalités qu’on ne connaît qu’à travers un écran. On a tous, à un moment, eu l’impression de connaître personnellement un youtubeur ou un influenceur qu’on suit depuis des années. Gourou nous rappelle que cette impression est une illusion, et que cette illusion peut devenir dangereuse.

Le parallèle avec les « influvoleurs » et les dérives qu’on observe quotidiennement sur les réseaux sociaux est saisissant. La mise en scène de Gozlan, dynamique et immersive, portée par la bande originale électronique de Chloé Thévenin, nous plonge littéralement dans la mécanique de l’emprise. On ressent physiquement l’énergie des séminaires, la montée en puissance du personnage, puis sa descente aux enfers.

Gourou n’est pas un film parfait. La seconde partie bascule peut-être un peu rapidement vers le thriller paranoïaque, et certains choix narratifs auraient mérité davantage de nuance. Mais l’ensemble reste une expérience de cinéma puissante, portée par un Pierre Niney au sommet de son art et un sujet qui touche au coeur de notre rapport à la société numérique.

On sort de la salle avec cette sensation étrange : celle d’avoir été, nous aussi, un peu manipulés pendant deux heures. Et c’est sans doute le plus beau compliment qu’on puisse faire au film.


Gourou, en salles depuis le 28 janvier 2026

Gourou, un film de Yann Gozlan.
Avec Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Christophe Montenez, Holt McCallany.
Durée : 2h06

Nous avons apprécié

La performance de Pierre Niney

Un sujet terriblement actuel

La mise en scène de Gozlan

Le casting secondaire

Nous n'avons pas apprécié

La bascule vers le thriller paranoïaque

Certains raccourcis scénaristiques

Un manque de nuance sur certains aspects

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