Vous lisez en ce moment
Pourquoi 2016 revient sur les réseaux sociaux en 2026
Dark Light

Pourquoi 2016 revient sur les réseaux sociaux en 2026

On croyait avoir rangé pour de bon les filtres Snapchat « oreilles de chien », les photos ultra-saturées et les playlists qui enchaînent Drake, Rihanna ou The Chainsmokers.

Pourtant, depuis janvier 2026, un mot d’ordre s’affiche partout : « 2026 is the new 2016 ». Les internautes ressortent leurs archives, recréent une esthétique volontairement datée et revendiquent une spontanéité que beaucoup disent avoir perdue.

Derrière l’amusement, la tendance raconte un rapport au passé bien plus complexe.

 

Une esthétique rétro pour fuir le présent trop parfait

Le retour en 2016 se reconnaît immédiatement : couleurs poussées à l’excès, grain « smartphone d’époque », poses peace sign et références pop-culture en rafale. La mécanique est simple : publier une photo de soi en 2016 ou donner l’illusion qu’elle a été prise cette année-là. Certaines plateformes ont même popularisé un filtre « 2016 », conçu pour recréer ces teintes jaunies et ce rendu “vintage” qui rappelle des applis photo du milieu des années 2010.

Si la trend prend, c’est aussi parce qu’elle répond à une lassitude. Celle de l’ère des contenus trop lissés, des codes d’“authenticité” devenus eux-mêmes performatifs et d’une attention captée par des systèmes de recommandation omniprésents. Les recherches autour de « 2016 » sur TikTok auraient bondi de 452 % en une semaine, signe d’un emballement réel et d’un besoin collectif de respirer dans un internet moins compétitif, plus léger, plus « entre amis ».

Sur le plan psychologique, le phénomène s’inscrit dans la rosy retrospection : la tendance à se souvenir du passé plus agréablement qu’on ne l’a vécu, surtout lorsque le présent paraît incertain. La nostalgie peut même agir comme ressource émotionnelle, en renforçant le sentiment de lien social et de sens, à l’image des séries doudou.

 

Un retour qui divise, et c’est là que ça devient intéressant

Le débat, pointé notamment par RTS Info, vient du fait que 2016 n’est pas qu’un filtre flatteur. C’est aussi « avant #MeToo » et avant certaines mobilisations climatiques qui ont reconfiguré l’espace public. L’idéalisation peut alors effacer des réalités sociales et politiques.

Plus largement, plusieurs rappels circulent. 2016 a été une année dense en secousses (violences, crises sanitaires, polarisation politique). La trend fonctionne donc comme un révélateur. On ne regrette pas forcément “2016”, mais ce qu’on projette sur cette période, c’est-à-dire une impression d’insouciance, une internet culture plus bricolée et une manière de publier sans se sentir jugé.

Revivre 2016, ce n’est pas seulement rejouer une bande-son ou remettre un vieux filtre. C’est une tentative de réenchanter le présent en le comparant à une époque perçue comme plus simple, quitte à oublier ce qui, alors, l’était beaucoup moins. Entre refuge nostalgique et mise à distance critique, cette trend dit surtout une chose : notre besoin d’authenticité est réel, mais il se fabrique désormais… avec des outils de mémoire, des algorithmes et un soupçon de fiction.

Aucun commentaire (0)

Laisser un commentaire

© Socialize Magazine. Tout droit réservé. Socialize est une marque appartenant à Elitia Group Sàrl.