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Le Comte de Monte-Cristo : Pierre Niney se révèle dans la plus grande fresque de vengeance du cinéma français
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Le Comte de Monte-Cristo : Pierre Niney se révèle dans la plus grande fresque de vengeance du cinéma français

Autant vous prévenir tout de suite : si vous pensiez connaître Pierre Niney, vous n’avez encore rien vu.

Avec Le Comte de Monte-Cristo, l’acteur français entre dans une autre dimension. Le genre de film qui marque une carrière, qui redéfinit un comédien et qui rappelle pourquoi on aime aller au cinéma. Accrochez-vous, on parle de près de trois heures qui passent comme un souffle.

Après avoir produit et scénarisé le diptyque des Trois Mousquetaires, Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière passent derrière la caméra pour s’attaquer à l’autre chef-d’oeuvre d’Alexandre Dumas. Le pari était colossal : condenser en un seul film de 2h58 un roman-fleuve que des générations entières ont dévoré, tout en le rendant accessible à un public contemporain. Le résultat ? Une fresque épique, romanesque et vibrante qui n’a strictement rien à envier aux blockbusters hollywoodiens.

Présenté hors compétition au Festival de Cannes où il a reçu une ovation de près de onze minutes, Le Comte de Monte-Cristo avait déjà mis tout le monde d’accord avant même sa sortie en salles. Et on comprend pourquoi. Dès les premières minutes, la splendeur des décors nous happe. Marseille, le château d’If, les salons parisiens, les costumes d’époque : chaque plan est une invitation au voyage. Le film est une orgie visuelle, porté par un budget de 42,9 millions d’euros qui se ressent à chaque image sans jamais verser dans l’esbroufe.

 

Pierre Niney, la révélation totale

© PATHE FILMS – M6 – Photographe : Jérôme Prébois

On le savait talentueux. On l’avait admiré dans Yves Saint Laurent, qui lui avait valu le César du meilleur acteur en 2015. On l’avait apprécié dans ses registres plus légers, de Fiasco à LOL. Mais avec Edmond Dantès, Pierre Niney se révèle complètement. Il ne joue pas un rôle, il l’habite. Il le porte dans sa chair.

Ce qui impressionne le plus, c’est sa capacité à incarner les multiples facettes d’un personnage qui traverse des décennies. Le jeune marin solaire et amoureux du début, l’homme brisé par quatorze années d’emprisonnement injuste, puis le Comte mystérieux, élégant et dévoré par sa soif de vengeance : Niney navigue entre ces visages avec une aisance et une puissance d’acting qui laissent sans voix. Il y a des scènes où l’on oublie totalement qu’il s’agit du même acteur. Sa transformation physique est saisissante, mais c’est surtout la transformation intérieure qui fascine : ce regard qui passe de la candeur à la duplicité, cette voix qui oscille entre douceur et menace froide.

Avec cette performance, Pierre Niney démontre qu’il est bien plus qu’un acteur brillant. Il s’inscrit dans la lignée des grands comédiens qui ont marqué le cinéma français, ceux qui savent porter un film entier sur leurs épaules tout en laissant de la place aux autres. À l’image d’un Gabin qui incarnait l’humanité brute, d’un Delon qui magnétisait l’écran par sa seule présence ou d’un Dewaere qui jouait avec ses tripes, Niney possède ce truc en plus : une capacité à rendre chaque émotion à la fois intime et universelle.

 

Un casting cinq étoiles

Mais Le Comte de Monte-Cristo ne repose pas sur les seules épaules de son acteur principal. Le film déploie un casting d’une richesse remarquable. Bastien Bouillon compose un Fernand Mondego glaçant, Laurent Lafitte est un Villefort retors à souhait, et Patrick Mille incarne un Danglars dont on adore détester chaque apparition. Le trio de traîtres fonctionne à merveille, chacun portant un visage différent de la lâcheté et de l’ambition.

Côté féminin, Anaïs Demoustier apporte à Mercédès une finesse et une profondeur qui dépassent le simple rôle de l’amoureuse en attente. Sa relation avec le Comte, faite de non-dits et de blessures, constitue l’un des fils émotionnels les plus puissants du film. Quant à Anamaria Vartolomei, elle confère à Haydée une prestance et un mystère captivants. Et mention spéciale à l’immense Pierfrancesco Favino, qui incarne un Abbé Faria mémorable : les scènes de prison entre lui et Niney comptent parmi les plus belles du film.

© PATHE FILMS – M6

L’art de la vengeance, magistralement orchestré

La grande force du film, au-delà de sa fabrication impeccable, réside dans sa capacité à nous emporter dans cette mécanique de vengeance sans jamais nous perdre. Trois heures, c’est long sur le papier. À l’écran, on ne les voit pas passer. Le rythme est tenu de bout en bout, les rebondissements s’enchaînent comme les chapitres d’un page-turner, et la mise en scène alterne habilement entre les grands moments épiques et les séquences plus intimes.

Les réalisateurs ont fait un travail d’adaptation remarquable. Condenser un roman de cette ampleur impose des sacrifices, et certains puristes y trouveront à redire. Mais les choix effectués servent toujours la fluidité narrative et l’émotion. Le passage au château d’If est poignant, la découverte du trésor procure un souffle d’aventure galvanisant, et la mise en place progressive de la vengeance dans les salons parisiens est orchestrée avec un sens du suspense qui tient en haleine.

La bande originale de Jérôme Rebotier accompagne le tout avec justesse, sachant se faire discrète dans les moments de tension et ample dans les séquences de bravoure.

 

Un film qui touche à l’universel

Au-delà du spectacle, Le Comte de Monte-Cristo pose des questions qui résonnent bien au-delà de son époque. Jusqu’où la vengeance nous consume-t-elle ? Peut-on revenir de la haine ? L’amour survit-il à la trahison ? Ce sont ces thématiques universelles, portées par des personnages profondément humains, qui font de ce film bien plus qu’un simple divertissement. C’est un film qui nous parle, qui nous interroge, et qui nous bouleverse.

On sort de la salle avec la sensation d’avoir vécu quelque chose de grand. Le genre de film qui donne envie de relire Dumas, de retourner en salle pour le revoir, et de croire que le cinéma français peut rivaliser avec n’importe quelle production au monde quand il s’en donne les moyens.


Le Comte de Monte-Cristo, en salles le 28 juin 2024

Nous avons apprécié

La performance de Pierre Niney

La réalisation et la direction artistique

Le rythme et l'adaptation

Le casting dans son ensemble

Nous n'avons pas apprécié

Des libertés avec le roman

Un dernier acte légèrement en-dessous

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