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Seedance 2.0, l’IA chinoise qui fait trembler Hollywood (et tout le monde créatif avec)
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Seedance 2.0, l’IA chinoise qui fait trembler Hollywood (et tout le monde créatif avec)

En quelques jours, le nouveau modèle vidéo de ByteDance a inondé internet de clips hyperréalistes mettant en scène des stars et des personnages iconiques.

Tom Cruise contre Brad Pitt, Spider-Man, Darth Vader, les personnages de Friends version loutres… Le tout généré par de simples instructions textuelles. Bienvenue dans une nouvelle ère, aussi fascinante qu’inquiétante.

Le 10 février 2026, ByteDance, la maison-mère de TikTok, a discrètement lancé Seedance 2.0 sur sa plateforme chinoise Jimeng. Deux jours plus tard, internet s’enflammait. Le modèle d’intelligence artificielle, capable de générer des vidéos de 15 secondes (à ce jour) à partir d’une simple description textuelle, a produit des résultats d’un réalisme saisissant. Des clips ont rapidement envahi les réseaux sociaux, des scènes de combat entre acteurs hollywoodiens aux personnages de franchises cultes détournés dans des situations absurdes.

Certains observateurs n’ont pas tardé à comparer ce séisme au « moment DeepSeek », en référence au modèle de langage chinois qui avait ébranlé la Silicon Valley en surpassant ses concurrents américains fin 2025. Cette fois, c’est le monde de la vidéo qui vacille. Car Seedance 2.0 ne se contente pas de faire joli. Il comprend les instructions comme un réalisateur, gère les transitions entre plans, maintient la cohérence des personnages d’une scène à l’autre, et synchronise l’audio et la vidéo de manière native.

Le chiffre qui fait frémir. Un créateur a partagé une comparaison entre un plan du film « F1 » (avec Brad Pitt) et sa reconstitution quasi identique via Seedance 2.0. Temps de production : 2 minutes. Coût : 7 centimes. Le plan original aurait mobilisé des équipes entières et coûté plusieurs millions de dollars.

Hollywood entre panique et contre-attaque

La réaction d’Hollywood n’a pas traîné. En l’espace d’une semaine, Disney, Paramount, Warner Bros., Netflix et Sony ont tous envoyé des mises en demeure à ByteDance. Disney a été particulièrement virulente, accusant l’entreprise chinoise d’avoir pré-chargé Seedance avec « une bibliothèque piratée de personnages Disney issus de Star Wars, Marvel et d’autres franchises, comme s’il s’agissait de clip art du domaine public ». La Motion Picture Association (MPA), qui représente les grands studios, a dénoncé « une utilisation non autorisée d’œuvres protégées à une échelle massive » et exigé l’arrêt immédiat de l’activité.

Le syndicat des acteurs SAG-AFTRA a également pris position, condamnant « l’utilisation non autorisée des voix et des ressemblances de nos membres ». L’acteur Scott Adkins (John Wick, Expendables) a lui-même découvert son propre visage dans une vidéo générée par Seedance, commentant avec ironie : « Je ne me souviens pas d’avoir tourné ça ! »

Mais c’est peut-être la réaction du scénariste Rhett Reese (Deadpool, Zombieland) qui résume le mieux l’angoisse ambiante. Sur le réseau X, après avoir visionné le clip viral de Tom Cruise affrontant Brad Pitt, il a lâché : « Je déteste le dire. Mais c’est probablement terminé pour nous. » Avant d’ajouter que bientôt, « une seule personne assise devant un ordinateur sera capable de créer un film indiscernable de ce que Hollywood produit aujourd’hui ».

Pas que le cinéma, la vague touche tout le monde créatif

Si Seedance 2.0 cristallise les tensions autour du cinéma et de la télévision, il serait naïf de croire que la secousse s’arrête là. L’ensemble des industries créatives est en train de vivre sa propre mutation, parfois à un rythme encore plus silencieux mais tout aussi profond.

Dans le graphisme et la photographie, des outils comme Midjourney, DALL-E ou le Gemini Image Suite de Google permettent aujourd’hui de produire des visuels de qualité professionnelle en quelques secondes. Les plateformes comme Canva et Figma intègrent des assistants IA qui suggèrent palettes de couleurs, mises en page et typographies. Résultat : des personnes sans formation en design créent des rendus qui rivalisent avec le travail de graphistes expérimentés. En 2026, on observe même un mouvement de « rébellion tactile » dans le design, un retour à l’imperfection humaine, comme une réponse à la perfection un peu froide de l’IA.

Dans la musique, des plateformes comme Suno ou Udio génèrent des morceaux complets (mélodie, harmonie, voix) à partir d’un simple texte. Des artistes indépendants créent désormais des pochettes d’album, des visuels pour les réseaux sociaux et du merchandising sans jamais passer par un graphiste. Les majors Universal Music et Warner Music ont fini par signer des accords de licence avec certains de ces outils, après des mois de batailles juridiques. Mais les questions fondamentales restent sans réponse : à qui appartient une chanson créée par une IA ? Peut-on protéger par le droit d’auteur ce qui n’a pas été composé par un humain ?

Le point commun de toutes ces révolutions ? Un même défi qui est de trouver l’équilibre entre le potentiel extraordinaire de ces outils et la protection de celles et ceux qui créent, au sens premier du terme.

Entre fascination et responsabilité

ByteDance a finalement réagi en promettant de « renforcer les protections existantes » pour empêcher l’utilisation non autorisée de propriétés intellectuelles. Mais comme l’a souligné Warner Bros. dans sa propre mise en demeure, c’est un schéma désormais classique : lancer un outil sans garde-fous, récolter le buzz et le marketing viral, puis ajouter des restrictions une fois la pression juridique montée. Les modèles chinois, plus rapides et moins chers, ont souvent moins d’égards pour le droit d’auteur occidental. Et leur adoption explose. Les modèles IA chinois en open source sont passés de quasi-zéro en 2024 à environ un tiers de l’utilisation mondiale de l’IA fin 2025.

Pourtant, tout n’est pas noir. Disney, par exemple, tout en attaquant ByteDance d’un côté, a signé un accord de licence de trois ans avec OpenAI de l’autre. Le message est clair : l’industrie ne rejette pas l’IA, elle refuse simplement le pillage. Le vrai enjeu, c’est de construire un cadre où la technologie et la créativité humaine coexistent, sans que l’une dévore l’autre.

Car au fond, comme l’a joliment résumé l’autrice Heather Anne Campbell (Rick & Morty) : « Toutes ces personnes qui ont accès aux derniers moteurs de visualisation IA, avec un budget infini pour créer ce qu’elles veulent, ne produisent que de la fan-fiction. Les idées originales restent la partie la plus difficile. » Une phrase qui devrait rassurer (un peu) tous les créateurs du monde.

Seedance 2.0 n’est pas un simple outil de plus. C’est un signal. Celui d’un monde où produire une vidéo de qualité cinématographique pourrait devenir aussi accessible que publier un post sur Instagram. La question n’est plus de savoir si l’IA va transformer les industries créatives, mais comment nous allons choisir de l’accompagner et, surtout, de protéger ceux qui imaginent ce que les machines ne font encore que reproduire.

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