Feux de joie sur les hauteurs, lampions dans les mains des gosses, cervelas sur le gril et cloches qui sonnent à la nuit tombée.
On pense tout savoir de la fête nationale. Sauf que la Suisse célèbre aujourd’hui un anniversaire dont la date exacte est inconnue, une tradition inventée six siècles après les faits, et un jour férié qui n’existe que depuis 1994.
Trois dates valent mieux qu’une
Tout part d’un parchemin. Au début du mois d’août 1291, les communautés d’Uri, Schwytz et Nidwald scellent un pacte d’assistance mutuelle. Le texte ne parle ni d’indépendance ni de révolution. Il organise l’entraide en cas d’agression et le refus des juges étrangers. La date précise ? Personne ne la connaît. Le document se contente d’un « au début du mois d’août », d’où le 1er retenu plus tard, un peu par défaut.
Le plus savoureux vient après. Le parchemin tombe dans l’oubli pendant des siècles, avant d’être retrouvé lors d’un inventaire aux archives de Schwytz en 1758. L’administration fédérale reconnaît elle-même qu’il n’est tenu pour l’acte fondateur de la Confédération que depuis la fin du XIXe siècle. Quant à Guillaume Tell et au serment du Grütli, les historiens sont unanimes, on est en pleine légende.
La première célébration officielle remonte à 1891, pour le 600e anniversaire, à l’initiative de la ville de Berne. Elle ne devient annuelle qu’en 1899, sous la pression des Suisses de l’étranger. Et le 1er août n’est jour férié payé dans tout le pays qu’à partir de 1994, après une votation acceptée à 83,8%, meilleur score jamais obtenu par une initiative populaire fédérale. Très suisse, au fond, d’avoir voté sa propre fête nationale.
Un 1er août sans fusées
Les rituels, eux, tiennent bon. Les brasiers sur les sommets, les cortèges aux lampions, les cloches le soir, le discours du président de la Confédération (Guy Parmelin en 2026) et le brunch à la ferme, lancé au début des années nonante par l’Union suisse des paysans et qui rassemble encore jusqu’à 130’000 personnes. Ajoutez le pain du 1er août avec son petit drapeau planté dedans, imaginé en 1959 par les boulangers du pays, et vous tenez la carte postale.
Cette année, il manque pourtant l’essentiel du décor sonore. Sécheresse oblige, les feux d’artifice terrestres sont interdits dans la quasi-totalité des cantons romands, et seuls quelques feux tirés depuis les lacs sont maintenus, notamment sur le Léman. Le Valais est allé jusqu’à interdire la vente. Le sujet reviendra dans les urnes cet automne, avec l’initiative visant à limiter les feux d’artifice. Un cru particulièrement silencieux, donc.
Le mode d’emploi pour les nouveaux venus
Avec environ 27% de résidents de nationalité étrangère (soit 1 sur 3), le pays compte beaucoup de gens qui vivent leur premier 1er août. Premier réflexe utile, ne pas compter sur les courses. Le jour est assimilé à un dimanche, Migros, Coop, Denner et compagnie restent fermés, et il ne reste que les commerces de gare, les stations-service et les aéroports.
Deuxième chose, calibrer son patriotisme. Ici, il est sobre, pragmatique, presque pudique. On souhaite une bonne fête nationale, on partage une grillade, on regarde les lumières sur le lac et on rentre. Et si vous ne connaissez pas les paroles de l’hymne, rassurez-vous, une bonne partie du pays non plus. Une étude a montré que moins d’un tiers des Suisses savait réciter la première strophe, ce qui a valu plusieurs tentatives d’en écrire un nouveau, jamais concrétisées.
Reste enfin la géographie du cœur. En Suisse romande, le 1er août coexiste avec des fêtes cantonales tout aussi vivaces, du 1er mars neuchâtelois au 23 juin jurassien. Une manière très locale de rappeler qu’on peut être suisse sans être uniforme.
Alors bonne fête nationale à toutes et tous. Sans fusées cette année, mais avec les cloches, les lampions, et une histoire nettement plus amusante que ce qu’on nous racontait à l’école.
Fondateur du Socialize Magazine, Sandro est passionné par les voyages, la pop-culture, les nouvelles technologies et amateur de bonnes tables! Son motto? #kiffance!
