À Lausanne, les Rencontres 7e Art ne se contentent pas de célébrer les films à l’écran.
Pour leur 9e édition, organisée du 5 au 15 mars 2026 autour du thème « HOPE », le festival ouvre comme chaque année les portes de ses coulisses et met en lumière celles et ceux qui font exister le cinéma dans l’ombre des projecteurs.
Au Casino de Montbenon, trois rendez-vous phares invitent le public à découvrir le travail des directeur·trices de casting et des agent·es, à plonger dans l’univers du doublage, puis à interroger l’impact de l’intelligence artificielle sur notre rapport à la vérité.
Casting et agent·e une alliance invisible au service des rôles
Avant qu’un film ne trouve ses interprètes, un dialogue discret s’engage entre deux figures clés : la directrice de casting et l’agent d’acteur·ice. La rencontre intitulée « L’art de la rencontre : Casting & Agent·e, une alliance invisible » propose de décrypter ce face-à-face permanent, souvent méconnu du grand public.
Côté casting, il s’agit de dénicher le visage, le corps, la voix capables d’incarner un rôle, tout en respectant la vision du ou de la réalisatrice. Côté agence, on défend un·e comédien·ne, on accompagne une carrière, on oriente des choix parfois décisifs. Deux points de vue, une même obsession : faire naître la bonne rencontre entre un rôle et un talent.
Portée par deux professionnel·les franco-suisses de premier plan, cette conférence promet d’aborder très concrètement la réalité du métier : comment se construit une distribution ? Comment se négocie un rôle ? Quel est le rôle de l’intuition, de la confiance, mais aussi des contraintes économiques ? Une plongée utile autant pour les cinéphiles curieux que pour les comédien·nes en devenir.

Dans les coulisses des voix le doublage en direct avec Maïk Darah et Anthony Brutillot
Le lendemain, place aux voix. Dimanche 8 mars à 11 h, le Casino de Montbenon accueille une rencontre consacrée au métier du doublage avec deux invité·es de choix : Maïk Darah et Anthony Brutillot.
Figure majeure de la postsynchronisation en France, Maïk Darah est la voix française régulière de Whoopi Goldberg, mais aussi d’Angela Bassett, Viola Davis ou Queen Latifah. Son timbre accompagne depuis des décennies des générations de spectateurs, du cinéma d’auteur aux blockbusters hollywoodiens. À ses côtés, le comédien Anthony Brutillot, qui anime des ateliers de doublage pour tous publics via « Les Z’ateliers doublage », partagera son expérience de terrain et sa pédagogie ludique pour faire découvrir les studios de postsynchronisation.
Pendant deux heures, la rencontre démêlera les ficelles d’un art aussi discret que fondamental : caler une voix sur des lèvres, restituer une émotion sans trahir le jeu original, s’approprier un personnage sans effacer l’acteur ou l’actrice qu’on double. Une heure sera consacrée à la pratique, avec la participation du public.
Et l’exploration ne s’arrête pas là : à partir de 14 h, un atelier de doublage tout public en accès libre permettra à chacun·e de passer derrière le micro. L’occasion rare de mesurer, casque sur les oreilles, combien une réplique parfaitement placée peut transformer une scène.

Le crépuscule numérique penser l’image à l’ère de l’IA
Troisième temps fort : samedi 14 mars à 11 h, toujours au Casino de Montbenon, la productrice et autrice Carole Bienaimé Besse vient questionner notre rapport aux images à l’ère de l’intelligence artificielle. Forte de plus de vingt ans d’expérience dans les médias et le divertissement, elle présentera les thèses de son essai Le Crépuscule numérique, publié en 2025, sous-titré « Quand l’ère de la manipulation succède à celle de la post-vérité ».
Son constat : la frontière entre réel et virtuel se brouille à grande vitesse. Les outils numériques et les algorithmes permettent désormais de falsifier images, vidéos et sons avec un réalisme déroutant, au point d’ébranler la confiance dans ce qui faisait office de « preuve » hier encore.
En partenariat avec le journal Le Temps et sous la modération du journaliste Stéphane Gobbo, cette rencontre abordera autant les promesses créatives de l’IA, nouveaux univers visuels, liberté de création, démocratisation des outils, que les menaces pour la vérité, la démocratie et la mémoire collective. Comment continuer à raconter le monde sans le déformer ? Quels garde-fous inventer pour préserver l’authenticité des récits, des archives, des témoignages ?

Un festival qui révèle l’envers du décor
En réunissant métiers du casting, pratiques du doublage et réflexion sur l’IA, les Rencontres 7e Art Lausanne rappellent que le cinéma ne se résume ni aux tapis rouges ni aux génériques prestigieux. Derrière chaque film, il y a des négociations invisibles, des voix qui se glissent dans celles d’autres, des images dont il faut aujourd’hui sans cesse interroger la fiabilité.
Pour le public, ces rendez-vous gratuits ou accessibles offrent une rare occasion de comprendre comment se fabrique le 7e art, de poser des questions sans filtre et, parfois, de s’essayer soi-même à la pratique. Pour les professionnel·les comme pour les passionné·es, c’est une invitation à regarder les films autrement, en gardant à l’esprit celles et ceux qui, dans l’ombre, donnent corps, voix et sens aux histoires que nous aimons.
Cinéma. Actus. Séries. Vous.
