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Rosalía « El Mal Querer » – La nouvelle reine de la pop espagnole

Rosalía, véritable phénomène qui a remporté deux prix aux derniers Latin Grammy Awards, symbolise la fraîcheur d’un flamenco contemporain, faisant voyager au-delà des frontières ce folklore aux harmonies passionnées, fruit de l’Orient et l’Occident.

Qui est-elle ?

Rosalía Vila Tobella, née le 25 septembre 1993 loin du berceau andalou du flamenco au cœur de la Catalogne ouvrière, tombe amoureuse du flamenco à l’âge de 13 ans lorsqu’elle entend une chanson de Camarón de la Isla dans les parcs de son village, pour se jeter corps et âme dans le genre à l’adolescence. Elle apprend la guitare et le piano et à 16 ans trouve son guide (Chiqui de la Línea) à l’école supérieure de musique de Catalogne ou elle étudie également la production musicale.

Auteur-compositrice-interprète, elle sort son premier album « Los Ángeles » en février 2017. Un soulèvement de flamenco acoustique, produit par Raül Refree, qui s’inscrit dans le nouveau flamenco avec un accueil favorable par la critique mais aussi par les jeunes pour qui le flamenco n’avait jusqu’ici rien d’un genre tendance.

En juillet dernier, Rosalía tourne dans le film de Pedro Almodóvar, « Dolor y gloria », aux côtés de Penélope Cruz et Antonio Banderas. Le cinéaste tombe amoureux de son charisme et de son style haut en couleur. Il a déclaré à son sujet : « Elle a la voix d’une ancienne chanteuse de flamenco et une sagesse qui ne correspond pas à son âge. Elle devrait être fière d’être indéfinissable. »

Sa présence à Sonar, festival électro de Barcelone, où elle interprète pour la première fois « Malamente », hit de son deuxième album, fait l’effet d’une bombe. Dès le lendemain, elle sera présentée comme une nouvelle star par les médias. Le clip du morceau en question, dirigé par Canada, allie des éléments modernes à l’imaginaire antique. Ainsi, une corrida dans laquelle la chanteuse lancée sur une moto charge un jeune homme, compte près de 33 millions de vue sur YouTube.

Elle fait une apparition remarquée début novembre dernier sur la scène des MTV Europe Music Awards, en donnant un concert gratuit sur l’immense place Colon de Madrid, pour la sortie de son deuxième album qui a même été promu sur les écrans publicitaires de Times Square à New York.

Il n’y a pas que l’Espagne qui vibre pour la pop-latino. L’an dernier elle a partagé la scène avec le chanteur Juanes, collaboré dans l’album de la grande star du reggaeton J. Balvin et fait chavirer Pharrell Williams, Dua Lipa, Emily Ratajkowski ou encore Arca, avec qui elle a commencé à composer des morceaux.

Sa façon de revisiter un genre si traditionnel inscrit au Patrimoine Mondial Immatériel de L’Humanité et devenu au fil du récit une philosophie de vie pour les andalous, suscite la controverse dans le milieu conservateur. Les gitans l’accusent de s’approprier une musique qui est à l’origine un cri racontant la souffrance et l’oppression de leur peuple. D’autres, critiquent son style mélangeant flamenco et pop jugé calibré pour l’étranger. Mais elle n’a pas attendu sa collaboration avec Sony et les projecteurs pour concocter cette fusion qui contribue clairement à amener le flamenco à une nouvelle génération.

 

« J’ai étudié le flamenco pendant des années, je le respecte plus que tout. Le flamenco n’est pas la propriété des gitans. Il n’est la propriété de personne », a répondu Rosalía en juillet dans une interview au journal El Mundo.

 

Critique

Principal collaborateur sur ce deuxième album, le producteur Pablo Díaz-Reixa Díaz, alias El Guincho (Björk), connu pour ses rythmes latins et ses samples variés, l’accompagne merveilleusement sur la voie de la fusion musico-générationnelle. « El Mal Querer » exprime tout l’amour que la jeune catalane porte à cette tradition. Une alliance équilibrée de basses électro et claquements de mains qui se mêlent à la perfection aux rythmes de flamenco, beats hip-hop, trap, chants r’n’b et autotune.

Rosalía imagine un album-concept autour de l’histoire d’un l’amour sombre. Elle y développe un amour toxique en onze chapitres. Chaque chanson porte une ADN mixte et deux noms, celui du titre et celui du chapitre.

L’inspiration vient d’un roman français du 14ème siècle à l’auteur inconnu. « Flamenca » raconte l’histoire d’un triangle amoureux entre un grand seigneur jaloux, une épouse maltraitée et l’amant de cette dernière. Rosalía prend l’angle anthropologique et le juxtapose à notre époque : Est-ce que notre façon d’aimer a changé ?

MALAMENTE (Cap.1 : Augurio) – Avec en contrepoint des bruitages puissants, cette fusion de flamenco et d’inspirations urbaines, habillée de palmas et d’éléments trap, augure un mauvais pressentiment sur une boucle de piano électrique.

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QUE NO SALGA LA LUNA (Cap.2 : Boda) – Ce chapitre aborde le mariage avec un flamenco plus classique en lui donnant un effet particulier. Les aigus sont atténués pour donner l’impression que les palmas et la guitare se jouent derrière la porte d’un bar, créant l’illusion d’intimité alors que la voix, elle, reste en premier plan. Ce récit d’un jour heureux, fragmenté par un dialogue ou l’on entend la future mariée choisir ses diamants, est accompagné par quelques sombres accords de guitare répétés en boucle, tandis que les palmas et les chœurs apportent de la force et un rythme soutenu. Un mariage maudit. Les prémices d’une histoire dont elle ne sait pas encore la tragédie qui l’attend.

Plus expérimentale, avec les chansons « DE AQUÍ NO SALES », « MALDICIÓN » ou encore « A NINGÚN HOMBRE », sa musique est parfois ponctuée d’effets sonores qui viennent augmenter l’intensité narrative : motos, voitures, sirènes ou encore une lame qui crisse. L’utilisation du vocodeur reflète les fractures d’une femme désaccordée, les palmas frappent au rythme d’un cœur qui bat et la guitare, quant à elle, guide les pas. Sa voix, immaculée et intouchable, semble auréolée par tous ses échos, comme pour lui ouvrir le passage afin que rien ne puisse l’atteindre, aussi digne que douleur du récit.

Les designs visuels de Filip Custig subliment parfaitement l’imaginaire de Rosalía, pour chaque chanson comme pour l’album. Ce mélange entre la forme et le contenu a pour similitude de chercher le contrepoint, tant dans sa vision globale que dans ses accords.

BAGDAD (Cap.7 : Liturgia) – Certainement son esquisse la plus pop, ne peut évidemment pas laisser de marbre la génération baignée par le r’n’b des années 2000, puisque Rosalía reprend la mélodie de « Cry Me a River », avec l’accord de Justin Timberlake, non sans y apporter des modifications et variations à la rendre complétement différente et totalement sienne.

L’artiste elle-même ne saurait dans quelle catégorie caser son œuvre tant les techniques de production sont diverses. Ce n’est pas de l’appropriation culturelle mais de l’appréciation culturelle. Rosalía construit tout un univers, avec des milliards d’étoiles et d’autres objets célestes. A grande échelle, la structure de l’univers est dite « lacunaire » car celui-ci est en majorité constitué de vide, ce qui laisse tout l’espace nécessaire à sa créativité de le décorer à sa guise.

Plus proche de l’être que de la pensée, elle porte en elle le passé et le futur. L’album est un appel à l’amour sous forme d’appel au secours. Brûlante de vie, Rosalía s’érige au grand dam des puristes ou de ceux qui la pensent formatée.

Un opus de caractère sans doute marquant pour le flamenco-fusion qui brise les clichés entre musiques urbaines et rythmiques ancestrales avec brio, prestance et sincérité. Olė!

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