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Balade des sens tout en conscience dans l’univers de Forêt bleue

C’est à Carouge (GE), dans son appartement où elle confectionne ses produits, que nous rencontrons Emmanuelle Engeli, la fondatrice de « Forêt bleue ». La jeune marque non-labellisée de cosmétiques naturels faits main se démarque par sa volonté de ne pas suivre aveuglément les tendances du marché.

En effet, chaque nouvelle création est précédée d’une réflexion éthique et intelligente, en cohérence avec les principes de la marque, pour un rendu éco-responsable et bon pour le corps.

 

Socialize Magazine | Emmanuelle, tu as récemment créé Forêt bleue, ta propre marque de cosmétiques naturels faits main. Quelles ont été les étapes qui t’ont amenée à cette réalisation ?
Emmanuelle Engeli | Il y a près de deux ans, je me suis lancée dans la fabrication de mes propres cosmétiques et produits d’entretien. J’y prenais tellement de plaisir que mes créations se sont rapidement accumulées chez moi. J’en ai alors distribuées à mon entourage qui m’a encouragée à développer mon activité. A l’époque, je travaillais pour le World Economic Forum (WEF) et créais mes cosmétiques en parallèle. J’ai quitté mon poste à la fin du mois de juin et j’ai lancé ma marque deux mois plus tard.

 

Quels risques as-tu pris au cours de cette aventure ?
Le risque principal était de quitter mon emploi et ma sécurité pour développer Forêt bleue. À présent, prendre des décisions éthiques au lieu de suivre à tous prix les tendances du marché représente également un risque. Pour autant, je ne reviendrais sur mes choix pour rien au monde.

 

Ta passion pour la cosmétique vient de ta maman qui était esthéticienne. De quelle manière a-t-elle été impliquée dans l’aventure Forêt bleue ?
En effet, ma maman possédait un petit institut de beauté en bas de chez nous. Les souvenirs que j’en garde – comme lorsque je l’aidais à épiler les clientes ou que je leur chatouillais les pieds quand elles se faisaient épiler (rires) –  l’ont fait prendre part d’une certaine manière à l’aventure Forêt bleue.

 

Où puises-tu ton inspiration lorsque tu mets au point une nouveauté ?
Je teste les senteurs puis je crée mes produits en fonction de celles qui me plaisent le plus. Pour chaque type de création, j’ai trouvé une formule de base qui me convient. Je la personnalise ensuite en fonction de ces senteurs et des couleurs que j’aime. Je vais généralement faire beaucoup d’essais d’odeurs différentes sur quelques semaines, avant de les sélectionner.

 

De ton point de vue, comment se porte aujourd’hui le marché de la cosmétique naturelle ?
Il est en pleine expansion. De plus en plus de personnes s’informent sur ce qu’elles consomment, sont au courant de ce qui se fait en la matière et recherchent des produits éco-responsables.

 

Tes créations sont faites main dans le respect de l’environnement et de l’individu qui les utilisera. Quelles sont les valeurs importantes de la marque ?
En effet, le respect de l’environnement est une valeur importante. Pour cela, je ne vais pas utiliser de substances non-biodégradables comme des conservateurs synthétiques ou des agents de texture synthétiques. Je travaille presqu’exclusivement à base de matières grasses végétales. Je ne me sers pas d’huiles essentielles, car ce sont des substances extrêmement précieuses qui requièrent beaucoup d’énergies à la production. A la place, les senteurs des cosmétiques Forêt bleue proviennent de parfums qu’un fournisseur vaudois me livre. Il s’agit d’éléments de très haute qualité, bien plus écologiques que les huiles essentielles. Pour mes savons solides et liquides, j’utilise respectivement de la soude et de la potasse. J’essaie de réduire au maximum la liste des ingrédients que j’utilise. De même, il est important pour moi de générer un minimum de déchets au cours de mon processus de création. Je récupère, par exemple, de vieux journaux ou des cartons de seconde main pour envoyer mes colis. Je fais de mon mieux pour que toutes mes actions soient cohérentes et fassent le plus de sens possible.

 

Sur le site internet de Forêt bleue, tu écris être insatisfaite des produits cosmétiques « bio » classiques. Pour quelle raison ?
Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, je trouve que ce sont des labels trompeurs. Le consommateur non-averti pense qu’un cosmétique bio ne contient pas de pesticides. En réalité, ces certifications, dans les cosmétiques, donnent plus d’indications sur ce que le produit ne contient pas que sur ce qu’il contient effectivement. Par exemple, un cosmétique « bio » ne sera pas composé de substances particulièrement dangereuses, ce qui est positif sans pour autant signifier que ses ingrédients sont issus de l’agriculture biologique. Les labels imposent un minimum de 5%, 10% ou 15% d’ingrédients d’origine biologique, ce qui est relativement faible. Et à l’inverse, de nombreuses marques qui répondent à l’éthique « bio » n’ont pas les moyens ou le temps d’aller se faire labelliser.

 

En ce qui concerne les composants des cosmétiques, quelles sont les différences notables entre les produits dits « naturels » et labellisés « bio » ?
Il n’existe pas de définition juridique de la cosmétique naturelle. La seule manière de savoir ce que contiennent les cosmétiques est de se pencher sur la liste des ingrédients. Pour ma part, j’essaie de ne pas utiliser d’éléments naturels à tous prix, sans réflexion en arrière-plan. Je me sers, par exemple, de parfums en partie synthétiques. Un parfumeur peut tout à fait prélever les molécules allergisantes de matières 100% naturelles. Cela donnera lieu à un produit synthétique, mais qui sera plus sain que sa version d’origine. Un autre exemple est celui des colorants. Le colorant rouge non-synthétique est issu d’insectes écrasés qui, on le sait, dégagent une substance cancérigène. Je préfère donc utiliser sa version synthétique, moins nocive pour la santé.

 

De même, existe-t-il des différences importantes au sein des nombreux produits faits main que l’on peut trouver sur le marché ?
Tout à fait. Elles concernent principalement les shampoings solides. Pour ma part, j’utilise une méthode de fabrication appelée « saponification à froid » qui relève d’un mélange d’huiles, de soude et d’eau. La réaction chimique entre les huiles végétales et la lessive de soude crée des tensioactifs et de la glycérine.  Etant donné qu’ils ont été créés naturellement durant le processus de fabrication, ces derniers n’apparaissent pas dans la liste des ingrédients INCI (International Nomenclature Cosmetics Ingrédients) de ces produits qui indiquera des termes tels que Sodium Cocoate (huile de coco saponifiée à la soude) ou Sodium Olivate (huile d’olive saponifiée à la soude). Cependant, il est assez courant de trouver dans le commerce des shampoings solides élaborés à base de tensioactifs préfabriqués auxquels est ajoutée une certaine quantité d’huiles végétales. Ces tensioactifs préfabriqués, irritant pour le cuir chevelu et souvent non biodégradables, peuvent être repérés dans la liste des ingrédients. Il en existe différents types, les plus fréquents étant le Sodium cocoyl isethionate, un dérivé estérifié des acides gras de l’huile de coco, ou le Sodium coco-sulfate, un dérivé sulfaté des acides gras de l’huile de coco. Si ces savons solides aux tensioactifs préfabriqués présentent l’avantage de limiter les déchets car ils ne requièrent pas de contenant, ils sortent à mon avis du « 100% fait main ». De plus, ils ne contiennent plus de glycérine, naturellement créée en saponification à froid. Mon expérience de ces shampoings a été de ne pas observer de grande différence entre leurs effets et ceux de produits conventionnels. En effet, suite à leur utilisation, mes cheveux redevenais gras tout aussi vite alors qu’avec un shampoing saponifié à froid, les cheveux mettent au contraire bien plus de temps à regraisser.

 

Ta marque compte actuellement huit gammes, du savon solide aux soins du corps, en passant par les baumes pour les lèvres. Quelle est ta gamme préférée ?
Je les aime toutes, mais il est vrai que j’apprécie particulièrement les savons et shampoings solides qui sont les plus écologiques en terme de contenu. Par ailleurs, j’essaie de catégoriser mes créations le moins possible. Si j’ai créé une section bébé-maman, c’est avant tout pour rassurer les mamans bien qu’en fait tous mes savons soient utilisables pour des bébés. Je ne souhaite pas non plus créer de section homme afin de ne pas restreindre le choix des clients.

 

Quels sont aujourd’hui les principaux challenges auxquels tu fais face dans ton quotidien d’entrepreneur ?
Tout d’abord, le secteur de la cosmétique naturelle est extrêmement concurrentiel. Il existe des marques reconnues dans le domaine qui occupent une place importante sur le marché. Je perçois ce secteur comme étant divisé entre les gros labels et les petits artisans. Pour prospérer, ces derniers sont obligés de suivre les tendances actuelles. J’essaie de pousser la réflexion plus loin et de ne pas forcément suivre la masse. De fait, cela me demande un effort de communication supplémentaire afin que les clients comprennent mes choix. C’est un challenge, mais j’ai décidé de le relever car je considère qu’il est important de sortir du schéma actuel.

  

Quel conseil donnerais-tu à toute personne qui souhaite s’embarquer dans une aventure entrepreneuriale ?
Je leur conseillerais de faire avant tout quelque chose qui les anime, les passionne et de ne pas se lancer uniquement pour le profit. La question de la formation est également à considérer sérieusement. Il ne faut pas avancer à l’aveuglette. De plus, l’aspect administratif de l’entreprise doit pouvoir être maîtrisé. En résumé, je dirais qu’il est important de bien se préparer car l’aventure impliquera toujours plus de travail que ce que l’on pense.

 

Finalement, où peut-on se procurer la gamme Forêt bleue ?
Sur mon site internet, en premier lieu. Je commence également à mettre en place quelques partenariats avec de petits revendeurs. Une boutique aux Eaux-Vives, à Genève, vend une sélection de mes créations qui s’appelle « Mirabelle ». Forêt bleue est également présente dans les magasins bio en vrac « Chez Mamie » situés à Sion, en Valais. J’expose également des produits de manière ponctuelle dans des évènements comme le marché de Noël du Village du Soir ou le marché de la Taverne de la République à Genève. Je suis aussi présente du 27 novembre au 24 décembre à Planète Charmilles à Genève dans un pop up store qui vendra les produits d’une cinquantaine d’artisans.

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