Interview

CERN, quand la physique communique !

Au CERN depuis 2006, Kate Kahle est passionnée par le monde de la communication. Cela fait maintenant 5 ans qu’elle a rejoint le groupe « Communication » et qu’elle veille quotidiennement à l’image et à la renommée de l’institution à travers les médias sociaux.

 

Pouvez-vous nous présenter votre parcours et votre rôle au sein du CERN ?
J’ai débuté par un Bachelor dans le domaine de la physique et philosophie puis avec un Master en communication scientifique. J’ai commencé ma carrière en tant que rédactrice chez DK UK, à Londres, pour des livres de référence destinés aux enfants de 8 ans et plus.

Par l’intermédiaire d’une connaissance j’ai entendu parler d’un poste au sein du CERN. Étant diplômée en physique, le CERN a toujours été une institution attirante et dont j’avais envie de connaître les coulisses. C’est donc en 2006 que j’ai officiellement intégré un projet européen rattaché au département IT du CERN. Ce projet avait pour objet d’expliquer aux collaborateurs les notions de sécurité informatique. Ce projet a duré 2 ans et demi. Après cela et pendant 4 ans, j’ai eu pour mission d’aider les personnes à développer leurs idées de projet et à les faire accepter.

Ce n’est qu’en 2012 que j’ai rejoint le groupe communication ou j’ai été nommée chef des médias sociaux, un titre attribué pour la première fois au CERN. Cela fait maintenant 11 ans que je suis collaboratrice au CERN et je suis actuellement chef de la section chargée du développement de contenu éditorial.

 

En quoi consiste votre métier ?
En tant que chef de la section du développement de contenu éditorial, je chapeaute un groupe d’une dizaine de personnes. Ma section est constituée de trois équipes distinctes travaillant en collaboration : l’équipe web, chargée du développement web pour les différents sites du CERN, l’équipe constituée des éditeurs, c’est-à-dire de la rédaction de tous les contenus des publications et enfin l’équipe spécialisée dans les médias sociaux. Ma section et moi, en collaboration avec les autres sections, mettons tout en œuvre pour offrir une communication interne et externe de qualité. Pour veiller à cela, nous nous chargeons de la rédaction des nombreux articles qui paraissent pour les collaborateurs du CERN quotidiennement. Toutes les deux semaines, le bulletin du CERN, regroupant l’activité éditoriale récente est écrit et envoyé à tous les membres de l’organisation. Nous nous chargeons également de la sortie du rapport annuel de l’institution. Le magazine Courier, destiné aux physiciens, sort de nos machines pour être distribué à tous les scientifiques internes et à toute la communauté scientifique du monde.

S’il fallait résumer mon métier en quelques mots, je dirais qu’il consiste à assurer une bonne transition des informations que ce soit à l’interne, à travers les articles, bulletins ou communiqués publiés régulièrement ou vers le public afin de garder une image de qualité.

 

Comment communique le CERN, à l’interne mais également vers le public ?
Le CERN communique de plusieurs manières dépendamment de la cible visée.

Pour ce qui est de la communication interne, le site web est le canal de diffusion majoritairement employé. Les bulletins sont envoyés par courriel aux membres de l’organisation et imprimés. Dans les lieux de rassemblement comme le restaurant, les informations importantes défilent sur des écrans. Le courriel est aussi employé pour transmettre les informations à ne pas manquer, de dernières minutes ou pour informer de la sortie d’un éventuel communiqué de presse.

Communiquer vers l’extérieur nécessite davantage d’efforts pour nous, car il en vient de la réputation du CERN. C’est pour cette raison que les moyens déployés se doivent d’être efficaces et de qualité. Afin de répondre au plus près des attentes et des habitudes en matière d’information du grand public, nous avons actuellement en place, un site web, consacré au public.

Nous sommes également présents sur les réseaux sociaux majoritairement utilisés par la population. Nous sommes actifs sur Facebook, Twitter (en anglais et en français), Instagram, LinkedIn et YouTube.

 

De quelle manière s’articule la communication du CERN sur les réseaux sociaux ?
Nos pages sont régulièrement alimentées ; en effet, nous sommes conscients des tendances actuelles et c’est pour cette raison que chaque article paru sur le site web est aussi publié sur les réseaux sociaux. Tous les vendredis, notre équipe publie sur Facebook la photo d’un élément lié au CERN et demande au public de trouver ce que représente cette image. Ces publications permettent de rester en interaction avec la communauté et de ne pas perdre son attention. Dès le lundi, la réponse à la question est publiée et expliquée en détail avec la possibilité d’en apprendre davantage grâce à la proposition de liens. Dans la mesure du possible, nous essayons de nous tenir à une publication par jour sur Facebook et Twitter.

En ce qui concerne Instagram, nous postons ponctuellement des images de toutes sortes, toujours en lien avec l’activité du CERN. La communauté Instagram est friande de belles images, nous axons donc nos publications sur la beauté de la photo autant que sur le contenu scientifique qu’elle pourrait soulever.

YouTube est quant à lui utilisé moins régulièrement. Il nous permet de partager de courtes vidéos sur les expériences du CERN ou encore sur les événements sortant de l’ordinaire comme par exemple, la venue de la troupe d’artistes STOMP.

Nous avons atteint les deux millions de followers sur Twitter, ce qui montre que notre communauté virtuelle est bien présente et en constante augmentation !

 

Quels sont vos objectifs et vos cibles sur les réseaux sociaux ?
Notre communication cible en priorité les adultes mais se veut d’être compréhensible par la majorité. Le contenu de nos messages essaie de s’adapter à tous et les explications sont modifiées au maximum pour pouvoir capter l’intérêt du plus grand nombre.

Nous utilisons une application nous permettant de mesurer les publics nous suivant sur les réseaux sociaux. Il en est ressorti que la tranche d’âge consultant le plus nos pages est les 25-45 ans.

Notre public est composé davantage d’hommes que de femmes, 35 % pour les femmes contre 65% pour les hommes. Malgré la majorité d’hommes, les femmes scientifiques au CERN sont de plus en plus présentes sur nos pages web.

 

Quelle stratégie utilisez-vous pour maximiser votre image et pour faire passer vos messages auprès du plus grand nombre ?
La stratégie de communication s’articule autour de six messages clés :
1. Le CERN est un leader mondial de la physique des particules.
2. La découverte du boson de Higgs ouvre la porte à une nouvelle physique, dans un voyage de découverte qui s’étendra pendant des décennies.
3. Pour continuer ce voyage de découverte, nous avons besoin de nouveaux accélérateurs, détecteurs et capacités informatiques.
4. Le CERN apporte des avantages à la société.
5. Le CERN est une institution ouverte.
6. La collaboration pacifique et la diversité sont intrinsèques au CERN.

Nous avons pu constater que notre audience sur les réseaux sociaux provient du monde entier mais les américains sont les plus nombreux. Pour cela, nous attendons normalement l’après-midi, heure suisse, pour communiquer sur les réseaux sociaux, car c’est à ce moment-là que les Etats-Unis se réveillent. Penser aux heures de nos posts permet d’optimiser la visibilité de nos publications.

 

Pourquoi être présent sur les médias sociaux est-il important pour le CERN ?
Nous consultons chaque semaine les statistiques de visibilité de notre site web ; concernant le trafic des réseaux sociaux vers le site web, se sont majoritairement les utilisateurs Facebook qui cliquent sur le lien pour en savoir plus.

Il est très important pour nous d’être actifs sur les médias sociaux. Tout d’abord, pour notre audience, mais aussi car c’est une communauté très vivante qui apprécie trouver de l’information rapidement et sans effort.

Le CERN est une organisation publique qui éprouve le besoin de montrer pourquoi il est utile aux pays qui sont membres de son consortium. Les médias sociaux permettent de créer un esprit positif autour du travail réalisé au CERN. Les médias sociaux favorisent le savoir, la curiosité, ils permettent aux utilisateurs de participer à la vie du CERN en aimant ou en cliquant.

 

Quelles sont les compétences requises pour votre métier ?
Il n’y a pas nécessairement de compétences fixes et bien déterminées, il s’agit plutôt d’un mélange de compétences. Nous avons besoin de profil à l’aise avec les nouvelles technologies, car notre profession nous oblige à rester à jour, à connaître les techniques, les nouvelles fonctionnalités des outils que nous utilisons. La connaissance de l’institution, de son fonctionnement et de sa politique est primordiale pour réaliser un travail correct.

Je trouve important d’être conscient des réactions des gens sur les médias sociaux, il faut pouvoir se préparer aux éventuels retours des gens, connaître les styles de réponses.

Il faut également réussir à employer une manière de parler bien spécifique au CERN, car nous communiquons pour une institution prestigieuse et son image passe par nos messages.

 

Pouvez-vous me décrire une journée type ?
Mes journées sont toutes différentes, ce qui d’ailleurs fait la richesse de mon métier. Néanmoins, tous les lundis, nous organisons une grande réunion nommée « Editorial ». Elle permet d’articuler la semaine à venir, de savoir qui va faire quoi et quand.

Nous avons également une petite réunion par jour, environ 15 minutes, il s’agit du bilan de la journée. Mes journées sont souvent occupées par des réunions, car nous collaborons avec beaucoup de services dont les ressources humaines, le service transfert de technologie et l’équipe audiovisuel.

 

Qu’est-ce qui vous plait dans votre métier ?
J’adore être au cœur de l’action. Toutes les histoires du CERN passent par notre section, car on a besoin de communiquer. Je me sens connectée avec la vie du CERN. J’aime comprendre pourquoi tel ou tel élément peut être intéressant à partager. Ce que j’apprécie particulièrement, c’est réussir à faire de quelque chose de technique, quelque chose de compréhensible et intéressant pour le public.

 

Quelles sont les difficultés auxquelles vous êtes confrontée ?
Nombreux collaborateurs nous transmettent des histoires qu’ils souhaitent voir publiées immédiatement et sans rédaction. Ce n’est pas toujours facile d’expliquer que leurs histoires ne contiennent pas le meilleur message, ou ne sont pas présentées au meilleur moment ou encore à la bonne audience et qu’il leurs faut retravailler leur texte ou choisir un autre public. Il est toujours important pour notre section d’évaluer si une audience en particulier va trouver un intérêt à notre message afin de pouvoir développer le contenu éditorial au mieux.

 

Si vous ne deviez choisir qu’une seule plateforme de communication en ligne, laquelle choisiriez-vous et pour quelles raisons ?
Je me contenterai du site web, car je ne veux pas mettre tous mes œufs dans le même panier. En effet, si Facebook crash, nous n’en n’avons plus le contrôle. A contrario, le site web nous appartient, est sous notre contrôle. Nous prenons donc moins de risques. En plus de cela, le web a été inventé au CERN, c’est donc une sorte d’attachement lié tout particulièrement à l’institution.

 

Comment voyez-vous l’avenir des médias sociaux pour une entité comme le CERN ? Quels sont les enjeux futurs ?
Nous allons davantage axer notre communication sur les réseaux sociaux, nous engager plus profondément, faire de ce canal un moyen de communication plus flexible. Nous voulons développer et améliorer nos discussions en les rendant plus participatives. Pour le moment, pour la plupart de nos communications à travers les médias sociaux, le CERN transmet et le public écoute mais il n’y pas de véritables échanges. Nous avons déjà commencé à organiser des discussions en live sur les médias sociaux et, dans le même esprit, nous souhaitons créer de nouvelles discussions.

 

Un petit mot pour la fin ?
Suivez le CERN et restez ouverts à la science ! Continuez toujours d’avoir la curiosité d’un enfant !


Interview menée par Célia Bérard
Etudiante Information Documentaire
Haute école de gestion de Genève

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