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Critique d’une caresse littéraire : Rosa Candida d’Auður Ava Olafsdottir

La rose. Une fleur aux pétales délicats, finement parfumée. Fascinante, elle combine gracieusement force et fragilité. Sa force, c’est son port de tête princier et ses épines aux airs de soldats dévoués.

Sa fragilité, c’est elle-même, la reine. Trônant tout en haut de la tige, majestueuse, un rien lui ferait perdre ses pétales qui lui confèrent sa beauté. Mais lorsqu’une rose comme la Rosa Candida n’est pas dotée d’épines, il ne reste alors que la reine, dépendante du monde extérieur, fascinante et fascinée, obligée de s’abandonner et de faire confiance. Presque comme un nouveau-né…

Arnljótur est un jeune homme islandais attendrissant dans sa maladresse et rempli de bonne volonté. Dans sa vie parsemée d’inattendus tourments, perdure une passion : les roses. Cette passion qu’il partageait avec sa mère récemment décédée dans un accident de voiture, il la chérit, la cultive, s’y abandonne. Egalement jeune père d’une petite fille de quelques mois issue d’une aventure d’un soir et qu’il ne connaît presque pas, il laisse derrière lui son père-poule inconsolable et son jumeau autiste pour partir à des kilomètres de son foyer natal, à la rencontre de l’inconnu. Dans un monastère du bout du monde dont il restaurera la roseraie, il amorcera un travail sur lui-même avant que son quotidien ne soit à nouveau bouleversé par l’arrivée impromptue de l’aventure d’un soir et de sa petite fille, Rosa Sol.

Rosa Candida raconte son voyage vers cet ailleurs, à la découverte de son identité d’homme et de père. Là où il pensait être loin de tout, il fera la connaissance de sa fille, lumière et fraîcheur, au travers de laquelle il se réparera et s’apprendra. Jamais dans le jugement, il semblera subir les évènements. Mais c’est dans une nuance subtile que réside en réalité toute la beauté du personnage. Bien qu’il en donne l’impression, Arnljótur ne subit pas. Il fait ; il agit ; il donne. Sa candeur le transforme en un être presque parfait, tant il est imparfait. Le lecteur s’attache à ce jeune père dont les gestes, pour la première fois réalisés envers sa fille, sont pleins de délicatesse, de simplicité, jamais ombragés par de quelconques réflexions trop intellectuelles. Car Arnljótur n’est pas un être d’analyse. Il est dans le faire et le ressenti. Il remarque certains détails touchants. Il contemple son enfant. Et le lecteur le contemple.

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Et puis, une fois le livre refermé, une fois digéré toutes ces émotions vécues aux travers du jeune homme, un questionnement reste. Qui, dans l’histoire, était l’enfant, le nouveau-né ? Qui est la Rosa Candida ? Dans cette découverte du monde, dans cette manière de recevoir les évènements, quels qu’ils soient, comme quelque chose d’inédit dont il y a tout à tirer, dans cette simplicité, cette bonne volonté, cette innocence commune, Arnljótur et sa fille se confondent. Pas étonnant qu’ils s’entendent à merveille. A la dernière page, les tourmentes du jeune homme se sont évaporées. Ou, peut-être, pas tout à fait. Mais elles n’occupent à présent plus la première place. Pourquoi ? Probablement parce qu’Arnljótur est enfin complet dans ce nouveau rôle de père. Entier. Et libre de faire sans être jaugé que par le regard admiratif de sa fille. Même lors de la chute finale, du dernier rebondissement de l’histoire, il encaissera, sans rien dire, sans mettre de barrières, dans la simplicité et la tolérance. Rosa Candida, c’est lui, c’est elle, une rose sans épines qui s’épanouit avec un peu d’eau et d’amour et, surtout, si on lui laisse la possibilité d’être, tout simplement.

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