Nous vivons dans un univers sonore riche et chargé, constamment entourés de bruit divers. Parfois agréable comme le chant des oiseaux, parfois neutre et constant comme le ressac des vagues sur une plage, et parfois fortement dérangeant comme le crissement aigu des freins d’un train arrivant en gare.
Dans notre société, le calme absolu n’existe que très peu. Même isolé en pleine forêt, le bruit d’un avion de ligne viendra souvent perturber le doux bruit de la nature. Croyez-en mon expérience de preneur de son, il suffit parfois d’enregistrer une ambiance qui paraît calme, pour se rendre compte qu’il peut y avoir énormément d’éléments perturbateurs qui viennent polluer la prise.
Plusieurs études ont révélé que le bruit pouvait énormément nous fatiguer. Des oreilles sur-sollicitées peuvent induire du stress, de l’irritabilité et une certaine perte de concentration. Il est ainsi assez courant de souffrir de fatigue auditive, surtout en fin de journée. En effet, qui n’a jamais pesté sur ses collègues qui discutent dans un open space lorsque l’on travaille? Sur cet enfant qui crie dans le train en rentrant d’une journée de travaille déjà éreintante ? Qui ne s’est jamais senti fatigué après être resté longtemps dans une ambiance au fort volume sonore ? De plus, il est prouvé que dormir dans un environnement bruyant, tel qu’aux abords d’une avenue très fréquentée en pleine ville, peut provoquer des troubles du sommeil. En effet, même si l’intensité n’est pas très élevée, les nerfs réagissent, sont en alerte, provoquant un certain stress qui viendra altérer la qualité du repos.
Nous ne sommes pas tous égaux face au bruit. Alors que certains arrivent à s’en accomoder, pour d’autres, il devient un véritable problème difficile à surmonter. Il existe une maladie peu connue, nommée Misophonie, qui a pour cause de rendre insupportable à certaines personnes l’écoute de certains sons, pourtant qualifiés de « normaux » et courants. Nous faisons tous la grimace lorsqu’une fourchette grince dans une assiette ou qu’une personne mâche un chewing-gum la bouche ouverte. Mais pour les personnes atteintes de cette maladie, il est courant que des bruits pourtant faibles et quotidiens deviennent insoutenables et rendent leur humeur spécialement irritable. Principalement pour les bruits de gorge et de mastication émanant d’un autre individu. En effet, la particularité de cette maladie ne réside pas dans le fait de produire soi-même ces sons qui dérangent, mais qu’ils proviennent d’autrui. Selon les études, le ressenti est encore pire si les bruits émanent d’un proche, comme un membre de sa famille. S’en suit un besoin immédiat de faire taire la source de celui-ci. On imagine les tensions.. Un repas de famille avec des mastications d’aliments, des services qui s’entrechoquent contre les assiettes et un enfant qui renifle peuvent ainsi devenir un véritable enfer pour la personne atteinte de ce trouble. Un sentiment de colère peut en découler et même parfois un sentiment de honte face à cette maladie peu connue et incomprise.
A l’heure actuelle, aucun traitement ne semble vraiment efficace. L’un des traitements proposés est d’associer un autre son, comme de la musique, à la source du bruit qui dérange. Les alternatives existantes passent par l’utilisation de protections auditives type Boules Quiès ou l’écoute de musique via son baladeur pour limiter les nuisances. Quitte à avoir du bruit, autant qu’il soit musical et qu’il plaise. Est-ce la raison pour laquelle les gens dans les transports en commun ont de plus en plus tendance à s’isoler en mettant leurs écouteurs ? Sommes-nous de plus en plus enclin à une certaine forme de misophonie, même faible nous menant à l’isolement?
Quoiqu’il en soit, dans une société déjà stressante et bruyante, nous aspirons tous à notre calme et en avons de plus en plus besoin. Il peut donc être de bon ton de respecter la tranquillité des autres, et de minimiser les nuisances sonores que l’on peut causer : musique trop forte, discussion animée tardive, notifications de son téléphones (par pitié, coupez le son de votre téléphone au restaurant), etc., comme l’on souhaiterait qu’on le fasse pour nous. Sur ce, je vais aller baisser le subwoofer de mon salon, ma voisine vient de sonner à la porte pour me dire que ça faisait trembler ses murs. Oups…

Sound designer très présent dans le milieu audiovisuel romand, Julien est passionné du son sous toutes ses formes. Ses activités le mènent à travailler tant dans les médias radio-tv, la publicité et le jeu vidéo. Tel un Lucky Luke moderne, il ne met jamais long à dégainer son enregistreur pour immortaliser un bruit ou une ambiance venue chatouiller ses tympans curieux.