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Du journalisme d’investigation vers le journalisme de blog : Quelle évolution pour le futur ?

Aujourd’hui, nous allons voir comment les médias se réinventent avec le web 2.0 et les blogs. Quel est le public cible ? Peut-on détrôner le métier de journaliste par de l’Ubérisation ?

C’est l’avis d’un professionnel sur ces questions qui va nous aider à mieux cerner les tenants et aboutissants de cette problématique. C’est pourquoi, nous avons le plaisir d’interviewer le rédacteur en chef adjoint du magazine économique suisse Bilan, en charge du numérique, en la personne de Dino Auciello.

 

Le métier, le journal

Socialize Magazine | Pourriez-vous vous présenter brièvement et aussi nous parler un peu de votre parcours et de votre formation ?
Dino Auciello | Bonjour, j’ai étudié à l’Académie du Journalisme et des médias à Neuchâtel où j’ai fait mon master. Je suis arrivé à la rédaction de Bilan il y a 7 ans en tant que stagiaire.

Dès 2013, la rédaction a voulu mettre en place une stratégie numérique à laquelle j’ai activement participé. Ce qui n’était qu’un complément web au magazine a vite pris une plus grande ampleur. Depuis 2014, je suis rédacteur en chef adjoint en charge des contenus numériques notamment.

 

Que pouvez-vous dire de la différence entre Bilanz (qui s’est séparé du groupe en 2002) et de Bilan magazine et enfin de Bilan.ch ? Quelles sont ces différences et pourquoi ?
Nous n’appartenons pas au même groupe. Nous collaborons seulement sur le numéro des grandes fortunes de Suisse une fois par année. La différence entre Bilan et bilan.ch est déjà la cible. La version papier est lue par une audience plus senior, alors que la plateforme web vise un plus large public. Le chiffre d’affaires provient toujours majoritairement de l’édition papier, mais le site engendre de plus en plus de revenus.

 

Ainsi donc, que retrouve-t-on uniquement dans la version électronique ?
Des articles d’actualité économique, des formats courts et longs formats multimédia. Le site est composé à 70% de son contenu exclusivement web et de 30% provenant de la version papier.

 

Cela ne fait-il pas de l’ombre au journal payant ?
On n’a plus le choix à l’heure actuelle. Il est indispensable pour un titre d’avoir une offre multicanale. Les offres papier et web sont devenues complémentaires : le web nous permet de réagir au quotidien, tandis que l’édition papier nous permet de prendre du recul et d’analyser. De plus, les publics cibles sont différents.

 

Est-ce que vous pensez que le nombre de lecteurs a augmenté avec la venue du web et que la création de Bilan.ch apporte un plus au magazine en termes de lectorat et du nombre de clics sur le site ?
Oui. Le web a conquis un autre type de lectorat plus jeune, davantage axé sur l’innovation. Maintenant, le web constitue une part importante de l’audience globale de la marque Bilan.

 

Quel est le modèle économique qui se cache derrière le gratuit (bilan.ch) et comment cela est-il viable ?
Cela reste un site de niche. L’édition papier reste pour l’heure la locomotive de notre modèle. Nous proposons à nos annonceurs une offre multi supports qui combine le print et le web, en personnalisant ces partenariats commerciaux.

 

Bilan.ch a été racheté en 2011 par Tamédia. Quelle est l’influence de ce groupe bernois à la tête d’un média et en particulier d’un média suisse ? Quel est le rôle d’un média aujourd’hui ? Est-ce que ce rôle a changé malgré la technologie ?
Edipresse était un groupe  familial. Cependant, Tamedia bénéficie de l’expérience qui a permis de garantir une bonne collaboration avec les journaux du groupe, tout en gardant une certaine indépendance. Avec le web, c’est l’émergence d’une gigantesque masse d’informations plus ou moins pertinente. C’est le rôle des médias de faire le tri et d’en faire ressortir des faits vérifiés et analysés.

 

Le journalisme d’investigation risque de disparaître à moyen et long terme avec les nouveaux médias ? Si oui, est-ce que cela s’explique par le fait que la population lit moins, donc réfléchit moins ?
Le problème, c’est que les moyens pour faire du journalisme se réduisent très rapidement… Mais on voit aussi émerger des pure players comme médiapart qui font de l’investigation et qui ont du succès … Non, la population lit plus, mais il faut s’interroger sur la qualité de ce qu’elle lit.

 

Est-ce que aujourd’hui un journal ou un magazine peut se passer des grandes agences de presse pour construire son article? Pourquoi sont-elles si précieuses? Quels sont les risques de mal les utiliser?
Les agences de presses remplissent leurs rôles, c’est-à-dire une couverture factuelle au quotidien. Mais c’est ensuite au journaliste de travailler cette matière brute afin de proposer autre chose, à savoir un contenu original vérifié et argumenté et donc d’apporter une plus value à l’information.

 

Concernant la ligne éditoriale

Comment l’achat de Bilan par le groupe Tamédia en 2011 a-t-il influencé la ligne éditoriale du magazine ? Quelle ligne éditoriale doit-on suivre en tant que site? Et sur le blog?
Le rachat n’a pas influencé la ligne éditoriale. Il faut laisser l’indépendance au journal le plus possible et Tamédia a largement l’expérience pour le faire. Sur notre section blog, on est ouvert à tout type d’opinion argumentée. Nous restons bien sûr responsables de ce qui est hébergé. La modération représente un gros travail.

 

Comment Facebook peut-il alors devenir un outil de médiation culturelle (complémentaire aux médias traditionnels)? Quelles sont les dernières tendances pour attirer le public (éternel problème) ? Comment décrivez-vous les vecteurs d’opinion ? Qui sont les influenceurs et comment les repérer ?
Facebook est aujourd’hui indispensable pour tout média. C’est vrai que le web nous offre des outils d’analyse pour mieux cerner le profil des lecteurs. Cependant, on ne doit pas non plus se focaliser que sur cela. En revanche, ces outils d’analyse nous permettent ensuite de mettre en place notre stratégie en ciblant le lectorat sur les différents canaux. Ainsi, ce que l’on va publier sur Linkedin sera différent sur la page Facebook grâce à ces analyses.

 

Doit-on contrôler un minimum les médias et l’information ?
Les médias de qualité peuvent se perdre dans cette masse de contenus et c’est ce tri qui va être un défi demain.

 

Quel est le risque et sous quelle forme apparaîtrait l’ubérisation du métier de journaliste ?
L’ubérisation est déjà là. Qu’est-ce qui va faire la différence ? C’est la plus-value. L’opinion sur l’économie régionale et nationale est une façon de se distinguer. Et évidemment, effectuer des enquêtes et des scoops quand on peut le faire avec les ressources que l’on nous donne.

 

Comment voyez-vous le futur de votre métier dans 5, 10 ou 20 ans ?
Bonne question. Le métier va devoir continuer à se réinventer. La seule solution, ce sont les contenus de qualité. Il est aussi indispensable de comprendre la façon dont les gens vont consommer l’information à l’avenir.

 

Qu’est-ce qui est le plus dur pour vous dans votre métier ? Et ce que vous aimez le plus ?
Tout va très vite aujourd’hui… La situation est difficile car moins de moyens, donc on nous demande de faire plus avec moins. C’est aussi ce que j’aime le plus, ces difficultés représentent des défis au quotidien. Se réinventer tous les jours, faire évoluer et trouver des solutions.


Cette interview nous montre à quel point les médias se réinventent tous les jours, mais avec des moyens pas forcément adaptés. Cependant, certains petits médias indépendants arrivent à tirer leur épingle du jeu dans ce capharnaüm d’informations dû au web et où tout le monde se dit journaliste sur son mur Facebook. L’enjeu pour le futur de cette profession, si elle veut survivre, sera donc de se démarquer en recréant des articles de fond, des reportages de qualité afin de combattre l’ubérisation du métier et aussi l’intelligence artificielle. L’avenir nous le dira…

Interview menée par Florian Odin
Etudiant Information documentaire
Haute école de gestion de Genève

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