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Du Real Book à Facebook : quand jazz et communication digitale s’accordent

Nous vivons dans un monde débordant de digital et de numérique : de nouveaux métiers se créent, comme celui de community manager. Leur mission ? Communiquer de manière digitale et animer des communautés virtuelles autour de divers centres d’intérêts.

Leila Kramis, pianiste de jazz et chargée de communication à l’AMR, nous reçoit aujourd’hui pour parler de son métier, et de la manière dont le monde de la musique communique de manière digitale. Rencontre sur la scène genevoise, entre modernité et musicalité.  

 

Socialize Magazine | Bonjour Leila, merci de nous recevoir pour cette interview. Pour commencer, une question générale : le monde de la musique communique-t-il aujourd’hui plutôt de manière traditionnelle ou numérique ?
Leila Kramis | Bonjour ! Je dirais que ce domaine utilise ces deux types de communication. Les institutions musicales, dans le domaine des musiques actuelles, disposent généralement de peu de moyens financiers ou humains. L’utilisation de réseaux sociaux gratuits (Facebook, Twitter, Mx3) est souvent privilégiée. Avec la musique numérique, les gens sont déjà présents sur le net, il faut donc y être !

 

Quelle place tiennent les réseaux sociaux et le web dans le monde musical ?
Comme dans de nombreux domaines, c’est un sujet qui mène à beaucoup de controverses. Ces nouveaux médias permettent de toucher un très grand nombre de personnes avec peu de moyens et peuvent être autogérés. Avant, il était nécessaire pour les musiciens de passer par un agent ou un label pour espérer se faire connaitre ; maintenant, c’est à la portée de tous de communiquer avec le public et de s’auto-promouvoir. La plupart des groupes possède une page Facebook, un site et des vidéos. C’est une véritable révolution !

 

Vous travaillez pour l’AMR, une association pour l’encouragement de la musique improvisée, et pour le Fanfareduloup Orchestra, un orchestre de jazz genevois. Pouvez-vous nous présenter en quelques mots ces institutions et quel type de communication elles mettent en œuvre ?
L’AMR est une association, mais aussi une école de musique, un lieu de concerts et d’échanges. Dans cette structure, je me charge d’une communication généraliste qui englobe les promotions de concerts organisés dans le cadre de l’AMR, mais aussi les relations avec les médias, la gestion du site web ou la gestion d’outils de communication traditionnels, comme des affiches.  Le Fanfareduloup Orchestra est un orchestre de jazz qui propose, plusieurs fois par année, des créations musicales. Dans ce cadre, j’ai un rôle d’attachée de presse, mais m’occupe aussi de leur page Facebook et du compte Twitter.

 

Quelle place tient le web dans ces deux postes ?
Une grande partie de la communication de l’AMR s’effectue via le web : site internet, page Facebook, newsletter hebdomadaire, et les agendas en ligne, comme Le Programme.ch ou La Décadanse. La communication traditionnelle reste présente : affiches et relations avec les médias, ainsi que les partenariats qui sont très importants dans ce domaine. Concernant le Fanfareduloup Orchestra, je suis chargée uniquement des relations avec les médias et de Twitter, mais l’Orchestre fait aussi des campagnes d’affichage et possède un site web.

 

La communication s’intensifie dans les différents cursus et le nombre de formations continues en lien avec cette problématique ne cesse d’augmenter. Avez-vous suivi des formations dans ce domaine ?
Je n’ai pas effectué de formations spécifiques liées à la communication, mais j’ai un parcours de vie qui m’a conduite à y travailler. Je possède un diplôme en relations internationales et j’ai travaillé d’abord comme bénévole, puis été engagée comme chargée de communication durant 8 ans dans des organismes humanitaires ou d’aide au développement (Médecins sans frontière, Croix Rouge, Terre des Hommes, DEI). Cette expérience professionnelle, couplée à ma formation et expérience de musicienne m’a conduite à mes postes actuels. Si la formation « sur le tas » porte ses fruits, je songe à faire des formations continues dans le domaine de la communication numérique, étant donné l’évolution rapide dans le secteur !  Je suis actuellement des cours en ligne pour l’utilisation des outils Google, tels que Google Adwords, dont les fonctionnalités et paramétrages sont complexes.

 

En plus de travailler dans de la communication musicale, vous êtes également pianiste professionnelle. Vos projets actuels, Swong, Antwork et Prisme, apportent-ils une plus-value à votre métier ?
C’est un plus mais ce n’est pas forcément indispensable pour assurer des postes de chargée de communication dans le domaine musical. L’avantage est que je connais bien la musique que je dois promouvoir : je suis donc à l’aise quand il s’agit d’en parler en public ou aux médias. Enfin, les moyens de communication utilisés par les groupes de musique me sont familiers, puisque je les utilise aussi en tant que musicienne, ce qui me permet de faire facilement le relai avec les groupes programmés à l’AMR.

 

Quels sont les canaux et outils de communication déployés par l’AMR et le Fanfareduloup Orchestra ? Avez-vous mis en place une stratégie de communication ?
Pour l’AMR, outre Facebook et le site web, j’utilise l’outil Google Adwords, un outil de promotion payant. Celui-ci est lié à une stratégie de communication très récente, actuellement mise en œuvre et mandatée par le comité de l’AMR. En effet, à travers nos chiffres de consultation, nous avons remarqué que la plupart des internautes du site web, notre public potentiel, provenait de Facebook ou de Google. La décision a été prise d’utiliser d’une part Google Adwords pour cibler un nouveau public et, d’autre part, les outils de promotion payants de Facebook, afin de booster nos publications. Les chiffres ne sont pas encore parlants, mais nous espérons avoir un bon retour !

J’utilise le logiciel Your mailing list provider pour la newsletter, qui permet la gestion d’une base de données d’emails, et l’envoi des newsletters à celle-ci.

Concernant le Twitter du Fanfareduloup Orchestra, encore peu utilisé par le public cible, j’ai remarqué qu’il était utile pour communiquer avec les journalistes : cela permet de les relancer sur un évènement.

Toutefois, je pense que la communication numérique ne suffit pas à mener une bonne campagne de promotion. Pour moi, il est nécessaire de garder un aspect de proximité avec des outils de communication tangibles, comme des affiches, annonces, ou flyering.

 

En quelques mots pouvez-vous nous décrire une journée type dans votre travail ?
Le lundi et les rituels de début de semaine, par exemple ! Je commence par préparer la newsletter qui contient les infos de la semaine (concerts du week-end, ateliers musicaux et sessions de jam). J’essaie d’axer mes messages de communication pour inciter les personnes à venir écouter les concerts de fin de semaine. Je la diffuse ensuite à nos abonnés avec Your mailling list provider.

Puis je me charge de changer le contenu de l’onglet « Actualités » du site web. Sur la page Facebook, j’épingle ensuite les évènements de la semaine, s’il y en a, puis je relaye les informations des musiciens jouant à l’AMR en fin de semaine. Avec l’aide de quelques personnes travaillant ponctuellement à l’AMR, je remplis les agendas en ligne. Il y a toujours une part de communication traditionnelle, comme par exemple la création d’affiches ou la relecture du journal papier.

 

Quel public visez-vous à travers votre communication ?
La musique jazz est un style de musique qui ratisse un public assez large. Pour le Fanfareduloup Orchestra, il s’agit d’un orchestre local, avec un public très fidèle qui suit le groupe depuis ses débuts. Je dirais que les spectateurs ont entre 40 et 60 ans, ce qui se ressent aussi dans l’utilisation des réseaux sociaux, sur lesquels ils interagissent rarement, malgré une bonne présence aux concerts. D’où l’intérêt de ces médias pour toucher de nouveaux publics. Concernant l’AMR, le public est très hétérogène. Il va de l’adolescent au retraité, car l’AMR est aussi une école de musique et un lieu d’échanges qui touche une population très diversifiée et intéressée par le jazz ou la musique improvisée. La communication est ciblée sur les médias, les élèves ou membres et le grand public.

 

Les réseaux sociaux appellent à l’échange et au partage. S’il y a très peu d’interactions avec le public du Fanfareduloup Orchestra, est-ce le cas de la communauté qui suit l’AMR ?
Le groupe Facebook de l’AMR compte 3000 abonnés et je remarque une bonne interaction avec le public. Il y a des likes, des partages, des participations aux évènements proposés, mais très peu de commentaires sur les publications. Nous recevons parfois des messages instantanés via Messenger concernant des suggestions, que nous prenons avec plaisir si elles sont pertinentes. C’est toujours un plus de travailler avec son public ! Je dois aussi être réactive concernant les publications faites sur notre page. Il faut les modérer et les supprimer si elles ne sont pas pertinentes.

 

Le web permet l’ajout facile de vidéos, photos ou de son. Utilisez-vous ce genre de multimédia dans vos publications ?
Je relaie surtout l’information brute qui vient des groupes de musique : s’ils ont ajouté du multimédia, je le partage aussi. Généralement, il s’agit de vidéos, plus rarement de liens sur leurs sites web ou d’extraits audio.

 

Pour vous, de quelle manière le monde de la musique pourra tirer profit du web à l’avenir ? Quelles sont les perspectives d’évolution ?
À titre personnel, je trouve que l’évolution va déjà très vite. J’ai le sentiment que les musiciens sont dans une démarche réactive par rapport au digital : tout évolue tellement vite !

Ma crainte est que le développement du web et des outils numériques développe une habitude de gratuité d’accès à tous ces contenus audio, vidéo, ou à l’information dans la population. Est-ce que les gens continueront à être prêts à investir dans des concerts payants quand on peut voir la retransmission d’un concert gratuitement sur le web ?

Le numérique déconnecte socialement les personnes. Hors, la musique est un fort lien social et permet de maintenir l’échange et le partage entre les gens. C’est là tout l’enjeu (et tout le paradoxe également) des outils numériques quand on travaille dans le domaine de la scène : savoir s’en servir, mais pour convaincre les gens de sortir de chez eux, de vivre en live la musique, de partager une passion commune.

 

N.D.A. : Real Book est un livre qui contient des standards de jazz.


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Interview menée par Natacha Bossi
Etudiante Information documentaire
Haute école de gestion de Genève

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