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Rencontre avec Grégoire Furrer : l’esprit Montreux s’installe à Lausanne
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Rencontre avec Grégoire Furrer : l’esprit Montreux s’installe à Lausanne

Assis dans un fauteuil du Lausanne Palace, Grégoire Furrer affiche un sourire aussi large que la vue sur le lac Léman.

Le fondateur et directeur du Montreux Comedy Festival rayonne à l’approche de l’édition 2025 de son œuvre de toujours. Pour la troisième année consécutive, le rendez-vous du rire pose ses valises à Lausanne – conséquence des travaux en cours à Montreux – mais sans rien perdre de son ADN. « Montreux, ce n’est pas qu’un lieu géographique, c’est un état d’esprit », assure Furrer d’une voix posée. Et cet esprit souffle bel et bien sur la capitale vaudoise, qui s’apprête à vivre une nouvelle onzaine de jours sous le signe d’une comédie à la fois populaire et avant-gardiste.

L’édition 2025 se veut unique, affirme le fondateur, qui la définit en quelques mots-clés : maturité, diversité et audace. Après deux années d’expérience à Lausanne, le festival gagne en assurance et monte en puissance. De nouveaux formats ont été testés et une proximité inédite s’est créée avec le public urbain, sans renier les codes scénographiques qui font l’identité « Montreux ». « Rester Montreux signifie garder notre âme et nos rituels, même à des kilomètres de la Riviera », explique Furrer, convaincu que le festival peut recréer son atmosphère unique même hors de sa ville d’origine.

Si Montreux lui manque – « Montreux, c’est chez nous, on y reviendra dès que possible » glisse-t-il avec enthousiasme – Grégoire Furrer reconnaît que l’escale lausannoise a été riche d’enseignements. L’énergie de la métropole vaudoise et la diversité de son public ont ouvert de nouvelles perspectives. À l’horizon 2026, la réouverture du Centre de congrès 2m2c à Montreux marquera le retour au bercail, mais pas question de repartir en arrière. « On rapportera à Montreux tout ce que Lausanne nous a appris », promet-il. Il n’exclut d’ailleurs pas de garder un pied à Lausanne une fois de retour sur les rives du Léman, preuve que deux foyers du rire peuvent coexister harmonieusement.

Le public vient pour les têtes d’affiche, mais repart avec un coup de cœur inattendu pour un inconnu

© Montreux Comedy Festival – Bertrand Cocut

Dans les coulisses de la programmation, Grégoire Furrer orchestre un équilibre subtil entre stars confirmées et nouveaux talents. « Le public vient pour les têtes d’affiche, mais repart avec un coup de cœur inattendu pour un inconnu », confie-t-il. C’est là toute la force du Montreux Comedy : être à la fois une vitrine prestigieuse et un tremplin pour la relève. Chaque soir, une vedette partage la scène avec des artistes émergents afin que chacun ait « son » moment. En 35 ans d’histoire, le festival a vu éclore de nombreux humoristes aujourd’hui célèbres. « Tant que la demande du public est là, on continuera d’amener des visages neufs », assure-t-il, convaincu que ce renouvellement constant est la clé de la pérennité.

Cet éclectisme se reflète aussi dans l’ouverture internationale du festival. La francophonie comique est plurielle – Suisse, France, Belgique, Québec, Afrique – et Montreux a fait de cette diversité son fer de lance. Sur une même soirée, le public peut rire avec un humoriste ivoirien puis une humoriste québécoise, découvrant des horizons et des accents variés.
« L’humour n’a pas de passeport, le rire traverse les frontières », s’enthousiasme Furrer, qui a lancé des initiatives comme Africa Comedy, qui deviendra Montreux Comedy Africa, pour connecter les scènes d’Afrique francophone au reste du monde. Montreux Comedy se veut un carrefour où les cultures se rencontrent et dialoguent dans un langage universel : celui du rire.

En trois décennies et demie, le paysage de l’humour a bien changé et Grégoire Furrer en est un observateur attentif. En 2013, il déplorait que « plus personne n’osait grand-chose » sur scène. Aujourd’hui, il constate un paradoxe : la nouvelle génération ose davantage sur Internet, mais beaucoup s’autocensurent par peur de déplaire. « L’humour doit rester un espace de liberté, sinon à quoi bon un festival comme le nôtre ? », tranche-t-il. Montreux, par son prestige, peut offrir justement cette scène où jaillissent des rires impertinents mais salutaires.

La transmission tient particulièrement à cœur à Grégoire Furrer. Il aime qualifier son festival d’« école à ciel ouvert ». Désormais, le fondateur envisage de formaliser cet esprit de mentorat : créer des résidences d’écriture ou un incubateur d’auteurs comiques pour accompagner la relève sur la durée. « Mon rôle, c’est aussi de donner les clés aux talents de demain », confie-t-il, résolu à investir dans la nouvelle génération.

Invité à donner un conseil à qui rêverait de lancer un festival d’humour, Grégoire Furrer repense à ses débuts et répond du tac au tac : « Ne cherche pas à copier Montreux, invente ton propre rendez-vous avec ta couleur. Et surtout, accroche-toi : c’est un métier de passion ». Après 35 ans de carrière, il se lève encore chaque matin avec la même flamme qu’à vingt ans, et avoue : « L’amour du rire et l’envie de le partager me portent comme au premier jour. » Il ajoute dans un sourire : « Le meilleur reste à venir, on n’a pas fini de vous surprendre ! » On le croit volontiers : tant qu’il y aura des talents à découvrir et des publics à faire rire, Grégoire Furrer sera au rendez-vous, la mine rieuse et l’œil brillant.

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