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La Suisse a faim de « manger mieux »

Du bio, du sain, du local, du naturel, du vegan, du sans allergène, etc. Aujourd’hui, les régimes spéciaux se multiplient et sont le reflet d’une tendance marquée dans la société suisse : un fort besoin de « manger mieux » ! Mais que signifie « manger mieux » ? Comment l’industrie agroalimentaire s’adapte-t-elle ? Eléments de réponse avec Charles-André Lussi, directeur de Lucul Production et Distribution SA, spécialiste romand du bouillon et de l’aide culinaire. Depuis des années, à Payerne, dans le canton de Vaud, il mise sur les produits 100% naturels et sans allergène, pour permettre à tout un chacun de « manger mieux ».

 

Socialize Magazine | Concrètement, aujourd’hui, que signifie en Suisse « manger mieux » ?
Charles-André Lussi, directeur de Lucul Production et Distribution SA | « Manger mieux » c’est privilégier les produits locaux et prendre le temps de cuisiner en prenant des aliments de base non transformés ! Plus concrètement, il s’agit de trouver un bon équilibre alimentaire, manger moins et plus varié, en privilégiant les fruits et les légumes et en respectant les saisons. Si on assimile ces principes, on arrivera à diminuer drastiquement le gaspillage et la pollution tout en poussant nos agriculteurs et nos artisans à nous offrir vraiment le meilleur de notre terroir.

 

Depuis quand la société suisse a-t-elle faim de « manger mieux » ?
C’est un phénomène malgré tout assez récent – dans son ampleur en tout cas. A notre niveau, nous avons tenté une expérience, il y a cinq ans, en sortant une gamme de produits 100% naturels et sans allergène – les produits Tolérance. Le résultat a été un flop total ! Les consommateurs n’étaient pas prêts, alors qu’aujourd’hui ils le sont. Cette gamme Tolérance devient même pour certains articles – comme les bouillons – notre best-seller ! On se rend compte que cette tendance globale d’ampleur est donc finalement assez récente.

 

Comment expliquez-vous ce changement profond des habitudes de consommation depuis plusieurs années ?
Une partie des explications vient indéniablement des réseaux sociaux et des blogs culinaires. Ils sont en pleine expansion et jouent un rôle considérable dans cette prise de conscience. Les informations sont aujourd’hui beaucoup plus facilement accessibles – même si, avec les réseaux sociaux, elles ne sont plus filtrées et sont parfois parfaitement fausses. Les scandales à répétition dans l’industrie alimentaire ont aussi fait bouger les choses et ont entamé la confiance des consommateurs.

 

Le « manger mieux » est-il une lame de fond ou une vague passagère pour l’industrie agroalimentaire ?
C’est une lame de fond qui sera durable ! On est face à une prise de conscience collective qui commence à prendre forme et attire de plus en plus de monde. Les générations « Y » et « millénials » sont beaucoup plus curieuses et beaucoup plus informées sur les dernières tendances et l’industrie agroalimentaire l’a compris ! D’une certaine manière elle exploite ce filon qui devrait donc être durable.

 

Comment ce changement se matérialise-t-il au quotidien pour les producteurs et les professionnels comme vous ?
A notre échelle de PME, c’est par les fournisseurs que nous avons des informations précieuses sur les tendances du marché. On doit donc oser prendre des risques pour suivre ce marché qui évolue très vite. C’est l’addition de cette prise de risque et d’une bonne écoute de nos producteurs et de nos clients qui nous permet d’être dans le juste aujourd’hui !

 

L’innovation est donc toujours primordiale de nos jours dans l’agroalimentaire ?
C’est certain ! Il y a quelques années on innovait pour manger plus simple et plus rapide, avec l’avènement des fast-foods. Aujourd’hui, qui n’avance pas recule et l’innovation reste toujours aussi importante. Elle va toutefois dans un sens différent.

 

A quoi ressemblera le futur dans nos assiettes pour répondre à ce besoin de « manger mieux », « manger sain » et « manger local » ?
Dans les années 1970, à l’école, on imaginait qu’en l’an 2000 on se nourrirait exclusivement avec des pilules ! Fort heureusement ce n’est pas le cas ! Mais cela prouve qu’il est très difficile de faire des prévisions et de connaitre l’assiette du futur. Ce que l’on sait, c’est que de plus en plus de restaurateurs reviennent au fait-maison, avec des labels en cours de création. On revient aux sources en exploitant les bonnes vieilles recettes de grand-mères. Au final, le futur sera sans doute une sorte de saut dans le passé, que l’on modernisera, en revenant à des valeurs simples et qui respectent la saisonnalité des produits !

 

Lorsque l’on pense à l’alimentation du futur, on pense aussi aux insectes. La Suisse est pionnière en la matière. Est-ce un chemin à suivre ?
C’est certain que l’on n’échappera pas aux insectes dans notre alimentation du futur ! Aujourd’hui déjà, la Suisse autorise la consommation des vers de farine, des criquets et des grillons. Ce sont des aliments intéressants au niveau des propriétés nutritives et ils sont déjà consommés dans près de la moitié des pays de la planète ! Les insectes seront donc un élément de plus dans notre alimentation occidentale pour se substituer en partie à la consommation de viandes. Avec les insectes on ne mangera pas « mieux » mais on mangera plus « écologique », en réduisant l’impact environnemental de l’élevage intensif.

  

Certains parlent de diktat du « manger mieux » et culpabilisent de continuer à manger de la viande, des burgers, etc. Cette course au « manger mieux » est-elle trop extrême ?
C’est vrai que cela peut paraitre extrême à certains égards, mais rappelons-nous que chaque époque a connu des campagnes de dénigrements pour certains aliments. Dans les années 1960, on disait que consommer du beurre était néfaste pour la santé. Or ce n’est plus vraiment le discours aujourd’hui ! Attention toutefois à l’excès et à la culpabilisation ! Il faut laisser le choix du libre-arbitre à chacun et éduquer les générations futures au « manger mieux » sans faire de prosélytisme.

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