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Jazi, l’un des papes du graffiti en Suisse romande

Jazi, l’un des papes du graffiti en Suisse romande

Marie

C’est au Mood Store de Carouge que Jazi a posé ses bombonnes de peinture l’espace d’une soirée. A cette occasion, nous avons pu échanger avec l’un des chefs de file du graff en Suisse.

Né à Genève en 1973, Jazi a commencé la peinture à la fin des années 80. Aujourd’hui, il est l’un des artistes graffiti incontournables en Suisse romande et certainement l’un des plus assidu.

  

Socialize Magazine | Salut Jazi, pour commencer, peux-tu nous expliquer comment tu as choisi ton nom d’artiste ?
Jazi | Quand on fait des graffs, on utilise son nom pour signer. Or, je n’allais pas utiliser mon vrai nom… (ndlr: Patrik Dunkel) Au début, j’ai commencé avec « JAZZY » avec deux « Z » et un « Y ». Mais c’est devenu pénible de répéter deux fois la même lettre dans mes tags. J’ai raccourci à « JAZI ». J’ai découvert par la suite que Jazi était un prénom répandu en Afrique du Nord. Il y a plein de gens qui m’appellent Jazi mais mes amis de longue date m’appellent encore Patrik.

 

T’es un graffeur, un taggeur ou un street-artist ?
Je me considère comme un graffeur. Les gens qui font du graffiti, ils font plutôt des grandes fresques sur les murs ou sur les trains, ce qui est mon cas. J’eu été un taggeur quand j’étais ado à l’époque où on faisait des sessions nocturnes de graffitis sauvages. Ensuite, le « street-art » c’est un peu différent pour moi. Ce sont des gens qui travaillent avec des pochoirs, qui font des interventions sur des lieux, ils jouent avec le mobilier urbain comme Banksy. Je ne me considère pas comme un street-artist du coup, même si de temps en temps je fais des interventions qui peuvent être qualifiées de « street art ».

 

Tu n’es pas un peu « touche à tout » comme graffeur ?
Oui, j’aime varier mes sujets et les supports. J’expérimente tous les supports : la toile, la taule, le plexi, le verre, le bois… etc. Je ne pourrais pas travailler sur une seule chose pendant 30-40 ans. J’ai toujours besoin de chercher autre chose, d’imaginer une nouvelle étape dans mon travail. Rester sur ses acquis ce n’est pas ma philosophie. J’aime la diversité.

 

Comment on devient graffeur ? Tu as quelle formation ?
J’ai fait un apprentissage d’imprimeur à 15 ans. C’est à ce moment que j’ai commencé à tagger.  Je finissais le vendredi à midi donc je prévoyais mes weekends pour aller peindre, c’était cool. Ensuite j’ai fait un apprentissage de graphiste à 25 ans aux Arts Appliqués à Genève. On a fait beaucoup de dessins de nus pendant la formation. J’ai bien aimé travailler les courbes, les proportions. Puis par la suite comme graphiste j’ai fait pas mal d’affiches de pub, de catalogues. J’ai fait et je fais toujours beaucoup d’illustrations. J’ai bossé pour une boîte de jeux vidéo en Allemagne à Hambourg par exemple. J’ai aussi des clients qui me demandent de faire leur communication visuelle.

 

Ma mère croyait que tous les graffitis de Genève étaient de moi !

 

Comment tu choisis tes emplacements ?
D’un côté, ça m’importe que mes dessins soient vus donc je choisis plutôt les lignes de train pour que ce soit visible, par exemple. Mais c’est aussi assez cool d’aller dans des bâtisses abandonnées pour la taille des murs et en plus tu évites que la police vienne t’embêter. On est bien plus tranquilles cachés pour créer. Après il y a un côté excitant à tagger dans des endroits un peu escarpés. C’est le jeu du chat et de la souris avec la police. Ce qui est clair c’est que le graffiti m’a fait découvrir la ville. On a marché passablement pour trouver des murs…

 

Ta famille pense quoi de ton travail ?
Elle m’a collé la responsabilité de tous les tags de Genève (rires). Franchement, elle m’a toujours soutenue mais avec le souci d’une mère pour son fils « il faudrait que tu trouves un vrai travail ». Mon père m’a toujours conseillé d’être prudent.

 

Tes sources d’inspiration ?
J’aime bien la nature. Mais je peints aussi souvent à l’instinct. Je fais d’abord des croquis. Je dessine, je fais des esquisses et je vois ce qui sort. Une idée en amène toujours une autre. Ce n’est pas vraiment mon mode de travail de faire des improvisations sur les murs. J’en ai fait mais j’aime mieux être préparé. Je fais des paysages, des personnages, des lettres. Certains graffeurs ne font que des lettres et eux sont souvent bons à l’impro. J’aime bien faire des lettres mais je ne pourrais pas faire que ça.

 

Ton style, c’est l’hyperréalisme ?
Non, pas forcément. Mon style est un mix de plein de choses. Réalisme, illustrations, symboles, abstrait. J’ai fait du super-réalisme pendant une période, c’est vrai. Je me basais sur des photos que je trouvais. Je me suis lassé car j’avais l’impression de reproduire les images des autres en grand format. Après je me suis mis à faire de la photo moi-même. L’hyperréalisme demande une grande concentration. L’illustratif est nettement plus spontané et relaxant. Je crois que j’ai une préférence pour ça.

 

Tu donnes des titres à tes œuvres ?
Oui, mais plutôt aux toiles. Le nom vient toujours au moment de la création.

 

Le truc le plus fou qu’on t’ait demandé de faire ?
Avec des amis, on a fait un mur de 50 mètres sur 4. Le challenge c’était la taille. Malheureusement, le mur a brûlé !

 

La chose dont tu es le plus fier ?
Être toujours là malgré les années et les difficultés.

 

Tu montres ton travail dans des galeries ?
Oui, chez Speerstra à Bursin, Next Door à Genève l’année passée ou encore avec IDroom pour l’exposition collective « Geneva propaganda ». J’ai aussi eu quelques expos à Paris, notamment une exposition collective chez Addict galerie, au cœur du Marais. Plus récemment, j’ai aussi participé à des ventes aux enchères organisées par Galartis, à Lausanne. Et concernant le future proche, je participe à un live à Monaco organisé par la galerie Speerstra, où les toiles seront vendues aux enchères par la maison Artcurial de Paris.

 

Si on a envie d’une œuvre de Jazi à la maison ?
On peut directement m’appeler (rires).

 

Collaboration avec tes copains, souvent ou jamais ?
Souvent ! J’aime vraiment les collaborations. Chacun amène ses compétences. J’aime travailler seul aussi mais, en groupe, il y a toute la dimension sociale. J’aime bien parler et échanger. Les relations humaines, c’est agréable non ? On s’amuse quand on est à 2 ou à 3. C’est le partage qui me plaît.

 

Tu travailles avec des marques parfois ? Comment tu choisis les projets commerciaux sur lesquels tu travailles ?
Oui, par exemple, ce soir, je fais une toile en live pour le Mood store de Carouge et ils vont la mettre en tirage au sort pour leurs clients. Souvent, on me démarche mais on me laisse une grande liberté dans la création donc j’apprécie les projets dit « commerciaux » comme ça. Contrairement à ce qu’on peut penser, je peux m’exprimer librement. On me dit « je veux un paysage » mais je peux toujours interpréter comme je veux.

 

Tu fais quoi quand tu n’es pas en train de graffer ?
Je me repose (rires) ! Non je plaisante, j’aime profiter de la vie, me baigner au lac en été par exemple, faire du sport ou juste me laisser vivre. Mais à vrai dire, je cours souvent partout. Le graffiti occupe bien mes journées…

 

Une cause qui te tient à cœur ?
L’écologie au sens large, disons. J’ai toujours essayé de respecter ça. Je trouve que les sprays sont plein de solvants et d’autre substances toxiques. C’est un vrai problème. Il y a de plus en plus de spray « eco-friendly » mais c’est tout récent. Le graffiti est quand même un acte plus urbain que « nature ». Mais j’aime les contrastes : un graffiti en pleine campagne ou au bord de l’eau. J’ai peint un mur en Guadeloupe au bord de la plage à 20 minutes de Pointe à Pitre. Il faudrait aller faire un tour pour voir s’il est toujours debout !

 

Si tu étais un superhéros ?
Spiderman, sans aucune hésitation ! On m’a dit que je ressemblais à un des acteurs (ndlr Tobey Maguire) tu ne trouves pas (rires) ? Honnêtement, j’ai toujours aimé les dessins de Spiderman. Les dessinateurs le mettent dans des poses impossibles. Les dessins sont tous très complexes. Il a des poses bizarres. C’est juste super beau.

 

Tu vas parfois dans les musées ?
Oui, régulièrement. Et j’aime toutes les périodes. Rembrandt, Manet ou encore Edward Hopper. J’aime beaucoup la peinture, mais pas que, je suis souvent impressionné par la sculpture, peu importe l’époque. Et lorsque je voyage c’est toujours un plaisir de découvrir de nouveaux musées et de voir de nouvelles choses.

 

Niveau musique ?
B for Black ! J’écoute principalement du hip hop, de la soul, afrobeat, reggae ou ragga. Je suis moyennement branché techno mais parfois il y a des pépites qui me plaisent.

 

Vous voulez en savoir plus sur Jazi ?

Retrouvez-le via les liens ci-dessous :
www.jazi.ch
www.behance.net/jazi
www.flickr.com/photos/jazi
https://www.facebook.com/jazigraffiti/
https://www.instagram.com/jazi_tzp_welschcrew/

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