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L’expo est dans la rue !

L’expo est dans la rue !

Depuis le 21 septembre et ce jusqu’au 28, il vous suffira de vous balader dans les rues de Lausanne pour être transporté dans le monde de l’art contemporain. Ouvrez l’œil, de l’avenue d’Ouchy jusqu’à l’avenue de Chailly, quelques furtives apparitions artistiques sont disséminées parmi les publicités. Une véritable chasse à l’œuvre !

Le réseau des panneaux d’affichage publicitaire de Lausanne est envahi par un tohu-bohu de dessins, poèmes, photos, illustrations en tout genre. Chaque emplacement accueille un visuel différent, faisant de nous des passants ou automobilistes surpris au hasard des coins de rues.

 

Mais qu’est-ce donc ?

L’auteur de cette expo est lui-même un artiste, évidemment. Son nom : Hugo Bonamin. Il revêt sa casquette de curateur le temps d’une semaine avec les œuvres d’une vingtaine d’amis, la plupart artistes eux aussi. Bonamin s’est bien gardé de prévenir les auteurs. Il a monté cette exposition de rue à leur insu. A cette occasion, nous posons huit questions à Hugo Bonamin.

 

Socialize magazine – Hugo, tu lances cette semaine ton premier livre d’art « Canibal ». Est-ce que cette expo dans la rue et ton livre sont deux événements liés ?
Hugo BonaminOui, tout à fait. Tout est lié. Je lance cette semaine mon premier livre d’art Canibal.  Je me suis rendu compte que le livre était un espace d’expression en soit, qui engageait la mémoire, l’imaginaire, la sensibilité, le tout compris dans un espace intime, celui du lecteur. Avant ce livre, j’ai bien évidemment eu des catalogues. Mais ces catalogues avaient la fonction première de documenter mes expos ou d’en expliquer le parcours voire le contenu. Le véritable dispositif artistique, c’était l’exposition et non pas le livre. Or, ici, dans un beau livre comme Canibal, c’est l’ouvrage qui devient l’espace d’exposition. J’ai souhaité rajouter une dimension d’échange et de discussion à mon livre. J’ai voulu que cette expérience artistique intime – le livre – deviennent un dispositif de partage avec les collaborations aujourd’hui affichées à Lausanne – l’expo dans la rue. C’est dans ce cadre-là que la galerie Baudoin Lebon (l’éditeur du livre, ndlr) de manière informelle, a suggéré l’idée de collaborer avec d’autres artistes qui pourraient donner par un travail artistique leur « impression » du livre. L’idée d’en faire une expo dans la rue est venue plus tard.

 

Justement, comment t’es venue cette idée d’exposer dans la rue le travail des autres ?
Dans ma carrière d’artiste, j’ai eu l’occasion trois fois d’avoir des campagnes d’affichage. La première fois, pour une exposition de groupe que j’avais organisée à Vevey « Histoire de violence » en 2011. Nous avons expérimenté l’affichage différencié. Cela avait généré beaucoup de questions et de curiosité car il n’y avait que quelques visuels qui se ressemblaient. Les gens étaient intrigués par ces répétitions. Ma deuxième expérience, c’était à l’UNIL (Lausanne) pour une expo individuelle « BIG » pour laquelle j’ai bénéficié du réseau d’affichage culturel. Et la troisième fois, c’était pour mon exposition au Château de Chillon en 2014 avec mes « Portraits Fantômes ». Il y a eu énormément d’affiches tout autour du lac Léman. C’était un seul et unique visuel mais en grande quantité, partout.

 

« Outre le fait que ces campagnes dans la rue donnent une certaine visibilité à mon travail artistique, ce que j’aime avant tout dans l’affichage c’est que cela ouvre un nouvel espace de discussion ».

  

Mais du coup, quel est ton rapport à l’affichage commercial ?
Il y a trop d’affichage commercial pour ma mémoire ! Je n’y suis pas du tout sensible. Je ne retiens rien et ne suis sensible à rien de tout cela.

 

Comment s’y prend on pour faire des affiches d’art et les exposer sur les circuits publicitaires officiels ?
Quand les projets sont liés à la participation financière d’une ville, cette ville, sur demande, peut consacrer une partie de son réseau d’affichage au projet (via APG/SGA, entreprise leader de la publicité extérieure en Suisse, ndlr). Un certain nombre de panneaux publicitaires peuvent être mis à disposition gratuitement de cette manière.

Si la ville n’a pas participé financièrement au projet, il faut savoir que les projets culturels bénéficient quand même d’un tarif avantageux. C’est subventionné parce que « culturel », en quelques sortes. Cela a un coût mais moindre.

 

« Du coup, j’ai dû me transformer en producteur et en curateur d’une expo dans la rue ! »

 

Raconte-nous quelles sont les œuvres que tu as sélectionnées ? D’où viennent-elles ?
Dans ma démarche pour trouver un éditeur et des fonds pour financer le livre, j’ai voyagé pendant plusieurs mois avec mon prototype de livre sous le bras. Dans ce partage du livre, certaines personnes – pas tous des artistes – m’ont donné leur contribution car ils étaient ouverts à le faire. Ce sont des gens que j’ai croisé avec mes images, amis pour la plupart, et à qui j’ai pu présenter le prototype. La moitié de ces personnes m’ont répondu avec une œuvre originale conçue spécialement pour faire écho au livre et l’autre moitié a pris une œuvre existante. Je n’ai pas imposé une manière de faire sinon le respect des contraintes de format. Je n’ai donné aucun cadre « théorique » pour faire ces affiches. Ils étaient tous totalement libres.

Une fois toutes les contributions reçues, je n’ai pas fait de sélection. Il n’y a pas eu « un choix » à faire. C’est exactement le même processus que mon livre. Dans le livre, tout y est, tous les visages que j’ai peints. Il n’y a pas de processus de sélection dans mon travail.

 

Canibal, c’est le nom de l’expo, du livre ou des deux ?
Canibal, c’est le fait d’opérer et de faire une œuvre qui soit en fait une collection. Collectionner et cannibaliser les visages des autres en ce qui concerne le livre. Collectionner et cannibaliser le travail des autres en ce qui concerne l’expo dans la rue. Tout cela, c’est de l’appropriation. Quelque part, c’est aussi les incarner pendant un moment. Le cannibal est pour moi un collectionneur. Dans ce travail, je multiplie les collections. L’expo est une déclinaison plus partageuse et plus ludique du livre, puisque cette fois je la propose à l’autre.

 

Y a-t-il sur ces affiches, en plus de l’œuvre, des indications qui nous renseignent sur le titre, l’artiste ou le projet dans sa globalité ?
Oui, il y a l’indication « canibal.ch », qui ramène au site du livre. C’est la plateforme virtuelle du livre dans laquelle on peut voir la galerie d’image des collaborations affichées en ville de Lausanne. Celles-ci sont aussi postées sur Facebook. On y trouve aussi le nom de l’auteur. Les images sont totalement indépendantes les unes des autres et aussi totalement indépendantes par rapport au livre. Il y a une sorte de divorce entre les collaborations et le livre à partir du moment où ils occupent chacun leur propre espace.

 

Si nous devions choisir d’aller en voir qu’une seule, ce serait laquelle, et pourquoi ?
(Long silence) En principe, ce dispositif d’exposition n’invite pas à se rendre à une adresse en particulier. Cela invite le hasard à créer un effet de surprise. Ce que je souhaite, c’est jouer avec la sensibilité des gens qui passent par là par hasard. Le fait qu’il n’y ait pas de texte, de date ou de titre comme sur les publicités commerciales rend mes affiches très pures et elles ressortent parmi les autres. Ces affiches d’art ont toutes leurs chances d’être regardées car elles ne ressemblent à rien d’autre.

« Au hasard des regards, j’aimerais créer la surprise et éveiller la curiosité »

Je vous invite par contre à vous rendre sur le site internet canibal.ch, j’ai mis une map de Lausanne avec la bonne adresse pour chaque visuel, pour ceux qui veulent quand même aller en voir une en particulier.

 

A propos de l’auteur

Hugo Bonamin est un artiste à la carrière internationale basé à Caux (Montreux), de nationalité française, suisse et argentine, connu et reconnu localement pour son exposition de « portraits fantômes » au Château de Chillon en 2014. Il publie samedi 23 septembre son tout premier « artbook » chez Payot à Lausanne, édité par la galerie parisienne Baudoin Lebon. Bonamin explore ici ses sujets de prédilection, à savoir l’identité et la présence, mais cette fois via un médium nouveau dans son œuvre : le livre.

 

Plus d’informations sur
www.canibal.ch

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