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Communication et sensibilisation : L’engagement numérique de Solidarité Femmes

Elise Jacqueson Maroni nous accueille dans les bureaux de Solidarité Femmes / AVVEC. Ouverte et dynamique, elle y occupe actuellement le poste de responsable communication et recherche de fonds. Ces deux éléments demeurent incontournables pour toute association dont les prestations dépendent en grande partie de généreux donateurs. Un défi récurrent pour mener à bien une mission qu’elle relève avec conviction.

 

Quelles prestations votre association offre-t-elle ?
Solidarité Femmes agit sur deux fronts, le soutien et la sensibilisation.

Dans le premier cas, l’association offre un pôle « Accueil », qui se divise lui-même en trois façons de procéder : la permanence téléphonique, celle sans rendez-vous, ou la séance d’information. Elles sont toutes indiquées sur le site internet. Il s’agit de la première prise de contact. Il est possible d’aller plus loin ensuite avec des consultations individuelles sur rendez-vous et/ou des consultations mère-enfant(s). Enfin, nous proposons des groupes de parole animés par deux thérapeutes, selon des thématiques bien particulières en relation avec les éléments traités chez nous. Parallèlement à ces actions, nous proposons aussi cinq chambres pour six mois au maximum aux femmes qui en ont besoin.

Sensibiliser le public fait également partie intégrante de notre mission. N’oublions pas qu’une femme sur dix est actuellement victime de violence conjugale. Plus les gens seront informés, mieux ce sera. Nous diffusons donc des flyers et des clips vidéo. Nous participons aussi à différentes manifestations, allant de la Course de l’Escalade au 100 Women in Hedge Funds.

 

Constatez-vous une recrudescence de la violence conjugale en vous basant sur la fréquentation de votre association ?
Les chiffres sont bien au-delà de ce que nous percevons ici, à Solidarité Femmes. Pour 2016, nous avons reçues 805 femmes en consultation. 92% de ces dernières (soit 4395) ont souhaité un entretien individuel. Mais il s’avère difficile de savoir combien il y a exactement de personnes concernées par la violence conjugale. Les statistiques comprennent en effet les victimes et les auteurs dans leur recensement. Les chiffres sont néanmoins affolants. Nous estimons les cas de violence physique et/ou sexuelle, sans compter les autres formes d’agression, à 8000.

 

En 2016, Solidarité Femmes a élargi son périmètre d’action à toute personne concernée par la violence domestique. Quels ont été les éléments déclencheurs ?
Nous avons constaté que la violence en couple touche tout le monde. Même si elle concerne essentiellement des femmes, elle atteint également les hommes.  Le public nous a souvent demandé pourquoi ces derniers n’étaient pas pris en compte. Ainsi, après réflexion, nous avons souhaité élargir notre périmètre d’action non seulement à la communauté masculine mais également à celle LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres).

Nous allons notamment collaborer avec l’association Pharos et Serge Guinot, qui travaille depuis de nombreuses années dans le domaine du soutien aux hommes victimes de violence conjugale.

 

2017 va être une année importante puisque Solidarité Femmes va changer de nom et devenir AVVEC. Que signifie cet acronyme ?
En réalité, le changement a déjà eu lieu en 2016 dans les statuts. 2017 marque l’ouverture concrète des portes aux hommes. Le nom de Solidarité Femmes ne pouvait donc plus convenir. Nous avons alors choisi AVVEC : Aide aux victimes de violence en couple.

Cette transformation nous permettra également de repositionner notre mission aux yeux des gens. Nous pourrons également toucher davantage les jeunes, qui ne se retrouvaient pas du tout dans le terme de conjugal.

Enfin, cette nouvelle appellation sera l’occasion de nous démarquer d’autres associations, avec lesquelles le public nous confondait parfois. Elle nous apportera ainsi une meilleure visibilité.

 

Quels sont vos prochains projets ?
Ils sont nombreux. Tout d’abord, nous fêterons les 40 ans de l’institution en automne.

Ensuite, nous avons un vaste plan de communication 2017 – 2020 intitulé « Ouvrons la porte », qui se divise en trois volets. Le premier sur les femmes, le second sur les mères et enfants et le dernier sur les nouveaux publics. Dans ce cadre, nous serons actifs cette année notamment auprès des jeunes. 3 projets en collaboration avec des établissements du canton (niveau du postobligatoire) sont en cours.

 

Abordons maintenant la question de la communication 2.0. Pourquoi avoir choisi de représenter l’association aussi par le biais d’internet ?
A l’heure actuelle, c’est incontournable. Et surtout, cela permet aux victimes d’accéder le plus aisément possible aux informations !

 

Le site nécessite-t-il beaucoup de maintenance ?
Autrefois, l’entretien du site était compliqué. Il fallait systématiquement passer par les informaticiens ou le webmaster. En 2014-2015, le contenu et la présentation ont été repris et depuis, nous faisons appel aux professionnels seulement lorsqu’il y a de lourds changements à effectuer. La plupart du temps, nous parvenons à nous en occuper seules. La communication se fait également par d’autres biais, plus « traditionnels ».

 

Suite à la mise en place de ce dernier, avez-vous constaté un impact au niveau de la prise de contact des victimes avec votre association ?
Actuellement, c’est extrêmement difficile à dire. D’une part, nous ne demandons pas aux femmes qui viennent nous consulter de quelle façon elles ont eu connaissance de notre association. Nous avons généralement d’autres soucis en tête. D’autre part, ce n’est que maintenant que je peux prendre le temps de me former à Google Analytic. Mais même avec cet outil, nous n’aurons pas de lien direct entre l’augmentation des visites et l’utilisation de notre site. Nous pourrons par contre calculer le nombre de temps passé sur une page et savoir celle qui sera la plus consultée.

 

Disposez-vous de statistiques de fréquentation ?
Oui et la page d’accueil est clairement la plus vue.

 

Pensez-vous qu’il soit plus aisé pour une personne violentée de passer d’abord par le net plutôt que de sauter le pas directement et de téléphoner ?
Le site est surtout là pour rediriger les visiteurs vers nos locaux, de la façon qui puisse le mieux leur convenir (téléphone, mail, permanence, séance d’information collective). Pour cette raison, nous mettons en avant ces quatre possibilités d’entrer en contact avec nous et leurs indiquons les différentes façons d’effacer leurs traces et de quitter la page en les redirigeant ailleurs. Maintenant, une fois encore, nous ne discutons que rarement de la manière dont les personnes qui nous contactent ont été amenées à le faire.

 

L’heure actuelle est au web 2.0. L’association utilise donc aussi certains réseaux sociaux. Pourriez-vous nous dire ceux auxquels vous avez recours et surtout nous expliquer pourquoi avoir choisi ceux-ci en particulier ?
Nous en avons retenus deux pour la régularité, un troisième pour quelques occasions.

Le premier, Facebook, coule de sources, puisqu’il est l’un des plus utilisés. Il touche également un large public. Le but initial reste le même depuis le début : rediriger le visiteur vers notre site internet. Bien sûr, nous l’alimentons régulièrement, au rythme de deux news hebdomadaires. Nous y postons nos propres événements mais aussi ce qui a trait à diverses activités culturelles. Nous veillons à toujours rester très prudentes dans nos contenus. Nous voulons éviter de tomber dans le militantisme et laisser la porte-ouverte aux dérapages. Nous souhaitons privilégier une image positive, même si le sujet est grave. Nous cherchons ainsi à éviter les photos choc. Nous préférons mettre l’accent sur la prévention plutôt que sur une vision de la violence conjugale qui ne correspond pas toujours à la réalité. LinkedIn, le second, devrait être davantage investi afin de contribuer à augmenter notre visibilité.

Enfin, à l’occasion d’une campagne publicitaire passée, nous avons ouvert un compte YouTube. 4 vidéos ont été postées, ainsi que diverses interviews.

 

Sont-ils bien suivis ?
Quelques personnes reprennent nos publications et environ 1000 autres y sont abonnées. C’est correct compte tenu du fait que nous portons l’accent essentiellement sur la prévention « classique » (flyers, messages publicitaires vidéo, etc.).

 

Pensez-vous que le web puisse permettre de créer une communauté de femmes qui puissent interagir entre elles ? Est-ce déjà le cas ?
C’est très délicat. Souvent, les victimes n’osent pas en parler ouvertement. Et sur un réseau social, elles peuvent toujours courir le risque d’être démasquées par l’auteur des violences. Il y a eu quelques fois des discussions autour de différents thèmes sur Facebook. Mais cela reste minime et relativement peu personnel. Nous privilégions d’ailleurs le dialogue de visu.

Nous l’aurons constaté avec cet entretien, la communication 2.0 a certes su se tailler une part au sein d’une association comme AVVEC mais reste encore moindre. L’usage des réseaux sociaux sert avant tout à pousser le public vers une prise de contact directe. Et naturellement aussi à lui faire prendre conscience de cette réalité souvent cachée. Pour être réellement efficace, le web 2.0 doit encore impérativement être associé à la publicité traditionnelle. Il est alors possible d’évaluer l’impact sur le public, que ce soit par la venue de victimes ou par les dons versés.


Interview menée par Sophie Simon
Etudiante Information Documentaire
Haute école de gestion de Genève

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