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Rencontre avec Jérémie Heitz, vice-champion du monde 2015 de freeride

Pour la sortie de son film « La liste » réalisé par Guido Perrini, nous avons eu la chance d’échanger quelques mots avec le freerideur, Jérémie Heitz, connu pour son ski très rapide et technique.

Adepte des pentes raides – plus de 50° – mais aussi passionné par l’histoire de nos montagnes suisses, le valaisan de 27 ans s’est mis au défi de skier 15 des plus spectaculaires 4000m entre Zermatt et Chamonix. Une folle expérience à découvrir à travers le film fascinant « La liste » qui montre l’évolution du ski de pente tout en offrant des images à couper le souffle.

 

« La liste » vient de sortir. Un film qui nous transporte dans des décors spectaculaires. Quelle équipe se cache derrière ce projet?

L’histoire a débuté réellement il y a trois ans en arrière quand j’ai présenté mon projet à la production de Xavier De Le Rue, Timeline Missions aux Châbles. Très vite, j’ai été entouré d’une petite équipe qui m’a suivi durant les deux ans de tournage. J’ai notamment été soutenu par mes amis, Sam Anthamatten qui m’a accompagné sur plusieurs sommets, ainsi que Nicolas Falquet, responsable, entre autre, du montage du film.

 

Découvrez le film « La Liste » en français

 

Mais avant ça, comment as-tu eu cette idée? Pourquoi t’es-tu lancé dans ce grand projet ?

J’ai grandi au milieu des Alpes, aux Marécottes, et grâce à ma famille et notamment à mon beau-père qui est guide de montagne, je baigne depuis tout petit dans ce monde de « montagnard ». C’est tout naturellement que j’ai été touché par l’histoire du ski et des sommets qui m’entouraient. En m’y intéressant, j’ai découvert l’incroyable récit de Sylvain Saudan, le pionnier du ski de pente raide. C’était il y a 50 ans. Il s’est dit : « je vais monter et skier les itinéraires d’alpinistes ». Ce qui est fou quand on pense au matériel de l’époque. Le freeride est né là, grâce à lui. De plus, j’ai trouvé quelques similitudes entre lui et moi : il est né à Martigny comme moi et a débuté le ski aux Marécottes avec mon grand-père. Tous ces éléments ont fait que j’ai été spécialement touché par ce personnage. Je me suis dit que ça ferait une belle histoire pour un film.

Très jeune, j’ai eu également la chance de participer à de nombreuses vidéos telles que : Tri(p)color, grâce aux frères Falquet. Nous étions plus orientés sur l’esthétique et l’innovation, livrer de belles images. Pour mon premier projet personnel, j’avais envie de faire quelque chose de différent, être plus orienté sur le ski et raconter une histoire qui se déroule en haute montagne tout en proposant de beaux visuels. Je voulais faire de ce long métrage quelque chose qui me plait et me ressemble.

Et finalement il y a aussi le challenge personnel : repousser mes limites et montrer l’évolution du ski, ce que l’on arrive à faire sur ce type de pentes avec le matériel d’aujourd’hui.

 

Tu as dit d’ailleurs que c’est « L’expérience la plus incroyable que tu n’aies jamais eue sur tes skis ». Combien de temps t’es-tu préparé pour réaliser cet exploit?

J’avais ce projet depuis un moment en tête, mais ce n’est pas quelque chose que tu peux réaliser tout jeune. C’est de la haute montagne. Il est essentiel de bien la connaître, savoir prendre les bonnes décisions très rapidement, connaître les risques et acquérir une certaine maturité car il y a de réels enjeux. De plus, je n’avais pas les ressources financières pour le faire avant. Je pense donc que ma préparation a débuté lorsque j’ai décidé d’arrêter le ski alpin pour me lancer dans le freeride. Les compétitions dans ce domaine m’ont énormément apporté. Cela m’a permis de me faire un nom et d’acquérir une certaine expérience sur les skis, sans parler de l’apprentissage que j’ai fait en suivant les frères Falquet.

Donc, c’est un processus assez long qui m’a permis à 26-27ans de vivre une telle expérience.

 

Comment as-tu sélectionné/choisi tes sommets ?

Mon choix s’est porté sur quinze sommets emblématiques en Valais.

L’aspect esthétique et historique comptait pour moi et bien évidemment, toutes les pentes ne sont pas skiables. Je devais sélectionner un bel itinéraire de pentes raides pour pouvoir montrer l’évolution. Mes choix ont tourné au tour de l’Ober Gabelhorn, une montagne magnifique, entourée du Cervin, de la Dent blanche et du Zinalrothorn. Avec sa forme pyramidale et sa face nord inclinée de 55°, lisse et blanche, elle est visuellement magnifique. Ce fut donc ce modèle là qui a dicté mes choix pour les autres sommets.

 

Quelle fût ta descente la plus difficile?

Celle qui nous a donné le plus de fil à retordre était justement l’Ober Gabelhorn. Il est extrêmement difficile d’obtenir les conditions idéales pour pouvoir aller la pratiquer. Beaucoup de copains, comme Xavier De Le Rue, la regarde depuis des années sans pouvoir y aller, la faute aux conditions. Pour le ski que je souhaitais pratiquer, ce n’était pas les bonnes mais les parfaites conditions que l’on attendait. On allait souvent faire des repérages, voir si la neige collait sur cette glace. Et finalement, sur notre fenêtre de deux ans, nous avons eu la chance, un jour, d’avoir les conditions recherchées pour une belle descente. C’était miraculeux.

 

Il est parfois effrayant de te voir dévaler ces pentes quasi verticales, à quoi penses-tu dans ces moments là?

Cette question revient souvent. Comme dans toutes les disciplines, dès que l’on pousse son corps au maximum, on est dans un état de concentration maximal. C’est comme un espèce de « flow ». Et j’étais dans cet état, extrêmement concentré, dans mon élément et à 100% à mon affaire dès l’ascension d’un sommet. Toutefois, j’ai, tout en restant concentré et conscient de l’itinéraire à prendre et des endroits à éviter, pris énormément de plaisir à skier la plupart des faces.

 

Tu as donc pris beaucoup de plaisir en descendant ces sommets mais quel est ton plus beau souvenir durant cette expérience?

Je crois, encore une fois, le fameux Ober Gabelhorn, bien que l’on ait eu à plusieurs reprises LA journée parfaite.

On part le matin, ou même un jour avant, et on monte. Souvent il fait mauvais quand on commence à marcher car il faut y être le lendemain des chutes de neige pour vraiment que ça soit intéressant au niveaux des conditions. Mais, on n’est jamais sûr. Surtout que toutes ces faces sont très exposées aux vents, qui poutzent la neige. C’est chaque fois un coup de poker. On pense que c’est bon mais rien n’est certain. Il faut donc beaucoup essayer, souvent rebrousser chemin. Quand tous les éléments sont présents, c’est incroyable.

Dès que je suis au sommet, j’appelle le groupe média qui attend à l’héliport et chacun se met à son poste. C’est toute une organisation qui fait que si tu as skié la face comme tu l’imaginais, que le caméraman a fait la prise parfaite, que le photographe a de bonnes photos et que tout s’est bien passé, c’est un sentiment merveilleux.

 

Pour moi, il y a deux évolutions dans le ski : les freestylers qui font de la poudreuse et jouent beaucoup avec le terrain et les autres skieurs qui se dirigent dans des terrains plus hauts, raides et inconnus.

 

En repoussant les limites, tu révolutionnes un peu le ski de pente, comment définirais-tu ton style ?

Pour moi, il y a deux évolutions dans le ski. Les freestylers qui font de la poudreuse et jouent beaucoup avec le terrain, en posant notamment des figures en l’air. Et les autres skieurs qui se dirigent dans des terrains plus hauts, raides et inconnus. Ceux-ci sont plus orientés montagne et alpinisme. Pour ma part, je fais partie de la deuxième catégorie. Quand je suis sur les skis, j’ai vraiment un style alpin. Je suis d’ailleurs, à part des « backflips », incapable de faire des sauts (rire).

 

Réaliser un film c’est pas toujours facile, surtout sur le long terme. Est-ce que durant la réalisation de ce projet, tu as eu des doutes ?

Oui, clairement !

C’était la deuxième saison, en juin passé. Il n’y avait pour ainsi dire pas encore de film alors que ça faisait une année et demi que l’on tournait. On avait eu une bonne saison, j’avais pu skier trois ou quatre faces mais rien d’incroyable alors que nous avions quinze faces au programme. On a donc beaucoup douté, on s’est dit qu’il n’y aurait pas de film.

Bien que les sponsors soient conscients que l’on évolue dans un milieu naturel, ils attendent des résultats. C’est embêtant et frustrant de promettre quelque chose et de ne rien avoir à montrer à la fin. Nous étions un peu tendus. Et puis, mi-juin début juillet, il y a eu cette période aux conditions juste incroyables. C’était une chance! Nous avons donc pu aligner les journées. C’était compliqué physiquement mais nous avons pu finalement mettre en boîte en moins d’un mois la suite et la fin du film.

 

Maintenant que ce film est réalisé, as-tu déjà de nouveaux projets en tête ? De nouveaux défis?

A court terme, je souhaite retourner en compétition avec le Freeride World Tour. J’ai toujours cet objectif que je n’ai pas encore réussi à remplir: gagner cette compétition et ramener le titre à la maison.

Au niveau des films, j’ai un petit projet avec mon sponsor RedBull en fin de saison. Il se déroulera sur un des sommets de la liste.

Avec Samuel Anthamatten, un très bon pote, on a les mêmes intérêts sur les skis et nous avons une très bonne synergie. C’est pourquoi nous pensons de plus en plus tous les deux à l’Himalaya. Nous avons d’ailleurs déjà été en repérage avec nos vélos, autour des Annapurnas l’année passé pendant la période de la mousson. Le but était de comprendre la zone, saisir la manière dont évoluaient les conditions, voir comment nous réagissions à l’altitude, constater l’état de la neige et surtout savoir s’il était possible de pratiquer notre ski. L’Himalaya, ce n’est pas les mêmes dimensions et ça demande une préparation autre que skier des 4000m. C’est un énorme challenge. On est donc revenu un peu la queue entre les jambes et peu certains. On s’est rendu compte que rien n’était facile là-bas. Mais nous restons toutefois toujours curieux. Nous souhaitons donc y retourner dans l’objectif d’essayer quelque chose tout en ne sachant pas encore si cela sera possible.

 

Finalement, est-ce que tu aurais un message à faire passer à nos lecteurs ?

Je ne m’y attendais pas à ce point mais le film remporte un énorme succès. Je reçois tous les jours de super messages. Beaucoup d’entre-vous sont vraiment excités d’aller en montagne sur les skis. L’hiver arrive déjà ! N’oubliez pas d’être prudent. C’est important et sérieux. Il faut y aller pas à pas. Apprendre l’élément dans lequel vous allez faire les fous avec vos skis. Je ne veux pas faire l’avocat du diable mais il est nécessaire de se former un minimum avant. Restez conscients des risques et soyez prudents.

 

Pour suivre Jérémie Heitz dans ses aventures : 
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