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Rejjie Snow « The Moon & You » – L’étoile qui monte

On l’appelle le petit prince du hip-hop irlandais. Fervent défenseur d’un rap jazzy, antiraciste et féministe influencé par la multi culturalité, Rejjie Snow est la perspective la plus intrigante du hip-hop d’outre-manche.

Portrait

Alex Anyaegbunam aka Rejjie Snow nous vient tout droit d’Irlande. Né à Dublin en 1993 d’une mère irlando-jamaïcaine et d’un père nigérian, il est repéré pour ses talents de footballeur et se voit décerner une bourse d’athlétisme par une académie de Floride à l’âge de 17 ans. S’il s’oriente d’abord vers une carrière de footballeur professionnel, il se retrouve à étudié le cinéma et le design dans un lycée en Géorgie, mais finit par abandonné son cursus.

Biberonné au jazz de Chet Baker et Roy Ayers, c’est Nas qui le fait définitivement basculer dans la musique et le ramène à Dublin pour une période six mois. Rapidement étouffé dans sa créativité, il se décide à déménager à Londres.

Ayant trouvé une petite place sur le canapé de King Krule (artiste indépendant), Snow passe les mois suivants à se créer un réseau et à améliorer sa signature d’électro-hip-hop jazzy. Après avoir fait la première partie de MF Doom par la seule force de ses arguments, les étoiles s’alignent, et en 2013 sort son premier EP « Rejovich » qui se place immédiatement en tête du top des ventes iTunes, détrônant ainsi « Yeezus » de Kanye West. Lorsqu’en 2015, « All Around The World », premier single officiel tourné avec Lily-Rose Depp, enregistre un demi-million de flux YouTube dans sa première semaine, les choses s’emballent. Le buzz déclenché le mène à la signature d’un contrat d’enregistrement, à faire la première partie de Madonna, de Kendrick Lamar, ou encore à collaborer avec Kaytranada.

Depuis, son expérience de trois ans aux Etats-Unis lui a permis de relier Los Angeles à Dublin, mêlant les cultures américaines et britanniques. Souvent comparé à Earl Sweatshirt et Tyler The Creator pour sa voix grave et son flow lent, Rejjie Snow à son originalité. Son univers teinté de zones d’ombre et son goût prononcé pour le décalé nous parle de son ras-le-bol du hip-hop contemporain accompagné d’un visuel saisissant. Au-delà des clivages territoriaux, il revendique clairement sa nationalité irlandaise et sa couleur de peau, comme un tas d’autres interrogations identitaires.

A Dublin, Alexander grandi dans un milieu féminin et lutte pour l’égalité, en particulier dans l’industrie musicale. Seul gosse noir au sein d’une famille blanche, il a souvent été confronté au racisme, et par conséquent, son art cultive la réflexion sur la marginalisation de la communauté noire dans nos sociétés, mais ne se résume pas qu’à ça. Le Dublinois est pluriel est compose à merveille avec ses multiples richesses, humaines et artistiques, tantôt obscur, ironique, tantôt sérieux et engagé – à l’image de Kendrick ou Logic. Sa manière d’élaborer la représentation de ses pensées, est délicatement drôle et ironique à la fois – en témoigne la pochette de « Rejovich », ou l’on voit un membre du Ku Klux Klan assis à côté d’une jeune femme, son bras pardessus. Le mec aveugle est raciste mais il ne voit pas que la femme est noire. Une manière pour notre rappeur Irish de positiver une réalité en changeant simplement le point de vue.

Ses projets

Signé en 2016 sous le label 300 Entertainment (connu pour chapeauter des pointures comme Young Thug ou les Migos), Snow, produit de cette collaboration des singles comme « Flexin’ » ou « Crooked Cops ». Un premier album, « Dear Annie », devait sortir au printemps 2016 avant d’être repoussé à l’automne. Promesse non tenue puisque l’album a ensuite été prévu pour une sortie à la mi-février 2017. Puis à avril-mai. Mais là encore les choses ne se sont pas déroulées comme prévu. On parle désormais d’une sortie début 2018, soit cinq ans après « Rejovich ». Une éternité dans le monde musical actuel.

Si l’album n’en finit plus d’être annoncé, l’artiste gratifie ses fans d’une mixtape gratuite « The Moon & You » dans le courant du mois de mai dernier. Une sorte d’amuse-gueule pour ses admirateurs qui désespèrent d’entendre un jour « Dear Annie ». On peut étalement se mettre sous la dent quelques clips, dont « Virgo » – qui montre avec sincérité son attachement aux quartiers défavorisés de sa ville natale, Dublin – ou encore « Milk & Honey », fraichement sorti – récit trap sur la dynamique compliquée de la romance interraciale dont le lait et le miel sont la métaphore d’une fille blanche et de ses chaînes en or.

Rejjie Snow, aussi libre que volatile, travaille sans deadline et résiste, préférant prendre son temps pour aboutir un projet attendu au tournant. Dans l’attente, attardons-nous un peu sur sa mixtape « The Moon & You », histoire de se mettre dans l’bain.

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Critique

« The Moon & You », produit avec la participation Cam O’bi et de Benjamin Miller (qui signe huit morceaux sur les treize qui composent la mixtape), se permet d’explorer toutes les influences dans lesquelles le talentueux MC Irlandais puise et développe avec brio un échantillonnage d’ambiances à dominance chill. Il s’attaque aussi à des rythmes plus électroniques comme avec « ACID TRIP » ou « SUNNY CALIFORNIA ». Avec moins d’influences jazz sur ce projet, Rejjie Snow, quitte volontairement sa zone de confort et se réinvente, parvenant à rayonner au-delà du spectre hip-hop. De fait, Rejjie déteste les cases et ne se considère pas comme un rappeur, ce qui serait réducteur. L’album baigne dans une dimension céleste, lui confèrant une certaine légèreté.

Plus proche de Londres dans sa vision artistique, son cœur est aussi outre-Atlantique et glisse un parti pris U.S à la mixtape avec des prestigieux featurings comme avec Joey Bada$$ et Jesse Boykins III sur « Purple Tuesday ». Dana Willians et Julian Bell sur le langoureux « PINK FLOWER », ou encore Joyce Wrice sur le titre « GET IT ». Pour le coup, il réussit à se positionner là où on l’attendait peut-être le moins. Non seulement il démontre sa polyvalence, mais brouille les pistes, nous laissant curieux et impatients.

Celui qui voudrait rendre fiers les gens de son quartier, à Dublin, en devenant une personne importante qui pourrait avoir un impact sur les jeunes, comme il l’expliquait pour les Inrockuptiles, a dévoilé sa tournée européenne le même jour que le « DAMN TOUR ». Tour (version européenne de Kendrick Lamar). Ce qui pourrait passer pour un mauvais choix marketing n’est sans doute qu’un moyen de confirmer sa désinvolture en prenant le risque de passer inaperçu du grand public. Et les prises de risque, on aime ça!

Seulement deux dates sont prévues en suisse, le 30 mars au Fri-Son à Fribourg et le 1er avril 2018 au Dynamo Saal à Zürich. Ce sera l’occasion d’entendre, enfin, ce fameux premier album !

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